Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Réalisé par Collectif Intro - Agence de communication
DISC 2 DISC
Beach Boys

DISC 2 DISC
Beach Boys
"ALWAYS THE SUN" (2012)

A la fin de l'été 2012, EMI rééditait en grande pompe douze albums des Beach Boys. Commandé pour le numéro 543 de Rock&Folk, cet article que j'ai rebaptisé ici “Always The Sun”, n'est finalement pas passé. Cruel To Be Kind lui permet de voir le jour.

 

 

Incroyable ! Nous sommes septembre et le miracle se poursuit. Réunis après des années de brouille, les membres survivants des Beach Boys, qui ont publié leur 29ème album studio (“That’s Why God Made The Radio”) en juin 2012, continuent leur tournée mondiale démarrée aux USA en avril. Accompagnés par un groupe plus jeune qu’eux qui rassemble certains musiciens de Brian Wilson et quelques-uns de Mike Love (toute l’opération repose sur la relation des deux cousins), ils se produisent à guichets fermés partout où ils passent (ils viennent de jouer en Australie, seront en Angleterre à la fin du mois…) et font l’admiration de la presse. Comme par hasard, 2012 est également l’année du 50ème anniversaire des Beach Boys que Capitol a donc décidé de célébrer en grand, en publiant deux nouvelles compilations (dont le mini-coffret double-CD “Fifty Big Ones”) et en rééditant, au format replica (sous pochette cartonnée reprenant les visuels originaux), douze albums enregistrés au cours de la première décennie de leur carrière. Ils sont proposés sans bonus (à la différence de la précédente campagne), mais les dix premiers sont en mono et stéréo, et le son a été remasterisé par Mark Linett. En attendant un imposant coffret anniversaire prévu pour la fin de l’année, ces rééditions offrent l’opportunité de revenir sur la partie significative de la discographie de Brian Wilson, Mike Love, Al Jardine, Bruce Johnston et David Marks (toujours là), et Carl et Dennis Wilson (disparus). Qualifiés d’ “institution américaine iconique” par David Wild, les Beach Boys (et leurs harmonies vocales) ont révolutionné la musique pop, mais ils ont été tiraillés, dès leurs débuts, entre la nostalgie (chère à Love) et l’expérimentation (le dada de Wilson). Enregistrés sur leur propre label, Brother Records, dès 1966 (il sera distribué par Capitol, puis Reprise), ces douze disques racontent l’histoire des concepteurs de la bande-originale de l’été éternel, dont le tour de piste actuel, s’il n’est pas le dernier, est à appréhender sans modération et avec autant de plaisir que les ultimes péripéties du Velvet Underground ou des Stooges avec les frères Asheton.

 

 

“Surfin’ USA” (1963)

 

 

 

Parce que les voies de Capitol sont parfois impénétrables, on ne cherchera pas à comprendre pourquoi la première de ces douze rééditions du Cinquantenaire est le deuxième album des Beach Boys. “Surfin’ Safari”, paru en octobre 1962, n’est pas du lot, et on peut s’en étonner même si on sait que Brian Wilson estime que “Surfin’ USA”, publié cinq mois plus tard, est plus réussi, parce qu’il était “meilleur producteur”. Comme son prédécesseur, “Surfin’ USA” se caractérise par sa fraîcheur liée à l’âge des musiciens du groupe, mais aussi à la naïveté des thèmes abordés, sur un rythme souvent enlevé. Pompée à “Sweet Little Sixteen” de Chuck Berry, la chanson-titre donnait le ton d’un disque où il est question de surf (“Noble Surfer”) et aussi de filles (“Lana”, “Farmer’s Daughter” que s’appropriera Fleetwood Mac). La présence d’instrumentaux surf dans l’esprit de Dick Dale ajoute à la légèreté de l’album, mais “Lonely Sea”, première des grandes ballades mélancoliques de Wilson, laisse déjà augurer de grandes choses.

 

 

“Surfer Girl” (1963)

 

 

“Surfin’ USA” leur ayant ouvert les portes du succès national, notamment grâce à sa chanson-titre diffusée par toutes les radios américaines au cours de l’été 1963, les Beach Boys vont enfoncer le clou avec ce troisième album consécutif avec le mot surf dans le titre. Si le surf, les filles et les voitures restent ses sujets de prédilection, Brian Wilson sort de sa gangue de singer-sonwriter très prometteur pour composer ses premiers classiques (“Surfer Girl” - inspirée par “When You Wish Upon A Star” - “Catch A wave”, “Little Deuce Coupe”, et la radieuse “In My Room” avec Gary Usher). “Surfer Girl” est également le premier album du groupe en partie joué par des musiciens de studio, Wilson estimant que les autres Beach Boys n’étaient pas à la hauteur des arrangements qui lui galopaient dans la tête. Par contre, il leur demandera de se focaliser sur les parties vocales, toutes arrangées par lui. On sait qu’il passait déjà un temps fou à les peaufiner, et dès 1963, il laissera entendre que tourner lui coûtait énormément, puisque se produire à l’autre bout du pays l’éloignait des studios.

 

 

“Little Deuce Coupe” (1963)

 

 

 

Publié un mois après le précédent, “Little Deuce Coupe” était bien le nouvel album des Beach Boys même si, en plus de morceaux encore jamais parus, on y retrouvait la chanson-titre (tirée de “Surfer Girl”, comme “Our Car Club”), un extrait de “Surfin’ USA” (“Shut Down”) et un de “Surfin’ Safari” (“409”). S’il apparaît clairement que Capitol avait en tête d’inonder le marché de disques des Beach Boys, il est au moins aussi évident que le label avait affaire à une formation dirigée par un compositeur très prolifique, obnubilé par la qualité des chansons qu’il n’avait de cesse d’enregistrer, en imposant thèmes et conditions. “Little Deuce Coupe”, sorte de concept-album avant l’heure, traite essentiellement de voitures, synonymes de liberté dans un pays de grandes distances. Souvent qualifié de “moins bon des premiers albums des Beach Boys”, “Little Deuce Coupe” (dont la plupart des textes sont signés par le DJ/spécialiste d’automobiles, Roger Christian) comporte “A Young Man Is Gone”, l’hommage du groupe à James Dean. Il s’agissait à l’origine d’un morceau a cappella de Bobby Troup sur lequel les Boys ont écrit un texte.

 

 

“Shut Down Volume 2” (1964)

 

 

 

Début 1964, Capitol emprunte deux chansons aux Beach Boys (“Shut Down” et “409”), fait reprendre certains de leurs titres par d’autres (Jan & Dean, Robert Mitchum…) et réunit le tout sur une compilation (“Shut Down”) qui fait voir rouge à Brian Wilson. En guise de représailles, le groupe publie “Shut Down Volume 2” qui contient quelques merveilles, mais aussi des titres assez banals, heureusement blottis en fin de disque. Parmi les intouchables, on remarque trois futurs classiques — “Fun, Fun, Fun” qui déménage comme du Chuck Berry, le spectorien “Don’t Worry Baby”, réponse de l’élève à un de ses maîtres, et “The Warmth Of The Sun”, monstrueuse ballade portée sur les voix (et écrite quelques heures après l’assassinat de John Kennedy) — ainsi qu’une reprise venue d’en haut de “Why Do Fools Fall In Love?”. Un peu plus légère, “Keep An Eye On Summer” allait flatter les mêmes sens, tout en révélant que Brian Wilson commençait à s’auto-parodier quelque peu.

 

 

“All Summer Long” (1964)

 

 

 

 

On le sait aujourd’hui, la meilleure chose qui est arrivée aux Beach Boys en 1964, c’est bien la musique des Quatre de Liverpool que l’Amérique a adoptés en un passage télé historique, à l’invitation d’Ed Sullivan. Ayant bien noté que Capitol ne jurait que par les protégés de Brian Epstein (au mois d’avril, le label publiait “The Beatles’ Second Album”, qui comportait plus de reprises que d’originales, mais “You Can’t Do That”, “I Call Your Name” et “She Loves You” parmi ces dernières), Brian Wilson qui n’en a pas cru ses oreilles en découvrant les Fabs, a compris qu’il allait devoir serrer le jeu. Dès “I Get Around”, que sa production sophistiquée n’a pas empêchée de se placer en tête des charts, on comprend que Wilson est prêt à affronter ces rivaux venus de la grisaille, les seuls qu’il reconnaîtra jamais et qui le stimuleront jusqu’à leur séparation. “Wendy”, “Little Honda”, “Girls On The Beach” et “All Summer Long” sont les autres joyaux du dernier disque adolescent des Beach Boys.

 

 

“Today!” (1965)

 

Après un disque de Noël et un live (qui leur permettra de dominer le Top Album américain pour la première fois de leur carrière), publiés tous les deux en octobre 1964, les Beach Boys reviennent aux choses sérieuses en mars 1965. Encensé dès sa sortie, “Today!” paraît alors que Brian Wilson a décidé d’arrêter de tourner et de mûrir (il est alors remplacé par Glen Campbell, puis Bruce Johnston), même s’il exprime sa crainte de devenir adulte et de s’engager en amour dans plusieurs chansons (“When I Grow Up”, “Please Let Me Wonder”). “Do You Wanna Dance”, reprise de Bobby Freeman qui ouvre le disque, et l’aussi efficace “Dance, Dance, Dance” sont légères comme des plumes, mais “She Knows Me Too Well”, “Kiss My Baby” et surtout “In The Back Of My Mind”, aux orchestrations de plus en plus précieuses, indiquent la direction d’un futur dont on devine l’excellence. Pour l’anecdote, on signalera que Brian Wilson proposa “Don’t Hurt My Little Sister” aux Ronettes. Spector l’envoya balader, mais, malin, il en subtilisa l’essentiel pour sa “Things Are Changing (For The Better)”.

 

 

“Summer Days (And Summer Nights!!)” (1965)

 

 

 

Alors que l’album précédent faisait la part belle aux ballades, “Summer Days (And Summer Nights!!)” est plus tonique et seuls l’instrumental “Summer Means Love” et l’a cappella “And Your Dreams Come True” en ralentissent le tempo. Chantée par Al Jardine, la reprise de “Then I Kissed Her” est sensationnelle, tout comme “Salt Lake City” (l’hommage des Beach Boys à leurs fans basés en Utah) et “Help Me, Rhonda” proposée ici dans sa version la plus jouissive (qui se placera en tête des charts). Bien sûr, “Summer Days (And Summer Nights!!)” est l’écrin de “California Girls”. Elle a beau renouer quelque peu avec les anciennes obsessions du groupe (les filles, la plage !), et même si beaucoup l’estiment desservie par le texte de Mike Love, la chanson est une merveille d’orfèvrerie pop, tournée, elle aussi, vers l’avenir. N’oubliant jamais de laisser traîner une oreille du côté des Beatles, Brian Wilson va composer “Girl Don’t Tell Me”, un des rares titres uniquement interprétés par les Beach Boys à cette époque, en réponse évidente à “Ticket To Ride”.

 

 

“Beach Boys’ Party! ” (1965)

 

 

 

Ceux qui lisent l’histoire du rock en travers pensent que Brian Wilson est tombé dans la drogue et la dépression, à la fin des années 60, par ennui. En vérité, le musicien souffrait de nombreux traumatismes et notamment, durant cette décennie, de ne pas être reconnu à sa juste valeur. En règle générale, et même après la parution de “Pet Sounds”, ses chansons les moins plantureuses étaient préférées par le public (et les radios) à ses plus ambitieuses. Cette idée l’insupportait. En novembre 1965, Capitol publie “Beach Boys’ Party!”, un pis-aller puisque Wilson et son groupe ne sont pas en mesure de livrer un nouvel album de chansons originales (il passe alors l’essentiel de son temps en studio à les fignoler à l’extrême), qu’il va enrager de le voir caracoler à la cime des classements. En vérité, ce disque de reprises (à l’exception d’un meddley Beach Boys) acoustiques, résolument festif (certaines chansons ont été enregistrées chez Mike Love), est une respiration dans la discographie d’un groupe sur le point d’accoucher de son chef-d’œuvre. Trois Beatles et un Dylan sont au menu, mais la version de “(I Can’t Get No) Satisfaction”, pourtant enregistrée, n’y figure pas.

 

 

“Pet Sounds” (1966)

 

 

 

Sans réelle surprise, ce chef-d’œuvre très souvent considéré (notamment par la presse musicale anglo-saxonne), comme le meilleur album pop de tous les temps, n’a pas mis le feu aux charts américains à sa sortie, et s’est bien mieux comporté en Angleterre (numéro 2 au Top Album). Au grand dam de Brian Wilson, les USA n’étaient visiblement pas prêts pour ce concept-album luxuriant qui ressemble beaucoup à un disque solo du chef. Merveilleuses, les harmonies vocales sont bien l’œuvre du groupe, mais l’essentiel du disque est joué par des musiciens de studio et un orchestre classique. Jamais pompeux et souvent candides, les arrangements dentelés mettent en valeur quelques-unes de plus belles mélodies des Beach Boys (“Wouldn’t It Be Nice”, “God Only Knows”, “I Know There’s An Answer”), étayées par des textes de Tony Asher qui est parvenu, mieux que d’autres paroliers, à retranscrire les fantasmes et les tourments, fissurés par la mélancolie, de Wilson. En répondant ici à “Rubber Soul”, ce dernier allait stimuler les Beatles pour “Revolver”.

 

 

“Smiley Smile” (1967)

 

 

 

Déçu par l’accueil réservé à “Pet Sounds”, mais ravi du succès de “Good Vibrations” en single, Brian Wilson va consacrer la fin de l’année 1966 et le début de la suivante à l’élaboration d’un projet encore plus ambitieux, échafaudé sur sa conviction que le rire, ce n’est pas une blague, pouvait guérir. Il fait appel au parolier Van Dyke Parks pour mettre des mots sur la musique qu’il commence à enregistrer, mais qui est loin de plaire aux autres Beach Boys et à Capitol. Finalement, “Smile” va mourir dans l’œuf (il ne sera officiellement publié qu’en 2011 sous le titre “The SMiLE Sessions”) et laisser la place à “Smiley Smile” qui n’est pas du calibre de “Pet Sounds”, et encore moins la réponse à “Sgt Pepper” attendue par les fans. Assemblage de titres vaguement psychédéliques (“Little Pads”, “Windchimes”), et de rescapés des séances de “Smile” (“With Me Tonight”, “Wonderful”), l’album doit beaucoup de son attrait à la présence de deux classiques, “Heroes And Villains” et “Good Vibrations” (ébauché durant les séances de “Pet Sounds”), judicieusement placés en ouverture de chaque face sur le vinyle original.

 

 

“Sunflower” (uniquement en stéréo) (1970)

 

 

 

Pour des raisons que Capitol et le groupe sont seuls à connaître (peut-être liées aux troubles mentaux dont Brian Wilson a commencé à souffrir à cette époque), les rééditions 2012 délaissent plusieurs albums parus entre décembre 1967 et août 1970. Au moment de la sortie de “Sunflower”, les Boys se sont repris en main ou plutôt en voix puisqu’il marque un retour aux harmonies de grande qualité (“This Whole World”, “Add Some Music To Your Day”, presque gospel), et aux arrangements éclatants signés Brian Wilson qui, par contre, s’efface un peu en tant que songwriter. Dennis Wilson (“Slip On Through”, “Forever”, “Got To Know The Woman”) et Bruce Johnston (“Tears In The Morning”, “Deirdre”) en profitent alors pour écrire davantage. Légèrement psychédélique, “All I Wanna Do” est une des perles méconnues de ce disque qui est également le premier distribué par Reprise. Aux USA, “Sunflower” sera l’album le plus mal accueilli des Beach Boys depuis leurs débuts, mais il figurera en bonne position dans certains classements européens.

 

 

“Surf’s Up” (uniquement en stéréo) (1971)

 

 

 

Dernier album de cette série de rééditions, “Surf’s Up” est une curiosité dans la discographie du groupe puisqu’il été enregistré sous l’influence de Jack Rieley. Non content de manager les Beach Boys à l’époque, ce producteur de disques a également coécrit plusieurs chansons avec eux (dont trois sur “Surf’s Up”) et a même chanté sur la surréaliste “A Day In The Life Of A Tree”. Une nouvelle fois, Brian Wilson laisse les membres du groupe s’exprimer (Carl Wilson montre tout son potentiel dans “Long Promised Road”) et permet à Bruce Johnston de briller en arrangeant “Disney Girls (1957)” aux petits oignons. Ecrite avec Van Dyke Park en 1966, la chanson-titre, sophistiquée et baroque, effleure le génie de “Pet Sounds” (elle date en réalité des séances de “Smile”), et démontre, comme “ ’Til I Die”, seul titre signé par lui seul, que le leader des garçons de Hawthorne High avait retrouvé tous ses talents et ses facultés.*

 

 

A noter que “Smiley Smile” et “Beach Boys Party!” sont proposés en stéréo pour la première fois, tandis que “Today!” et “Summer Days (And Summer Nights!!)” sont publiés intégralement en stéréo pour la première fois. Ces rééditions proposent de nombreux classiques des Beach Boys en stéréo pour la première fois, parmi lesquels “Good Vibrations”, “Help Me, Rhonda”, “I Get Around” et “409”.

 

 

 

J'ai chroniqué “Pet Sounds” dans le livre “100 Vinyls Incontournables” (Fnac/2014).

 

@copyright CTBK/J.Soligny 11/2014

 

 

AFAP
STARDUST
WOTE
DBOLC
GARSON
Music D
Branchés