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POP ART WORK
Les pochettes des albums des Beatles
(2012)

POP ART WORK
Les pochettes des albums des Beatles
(2012)

Fin décembre 2012, à l'occasion de la sortie du sompteux coffret vinyle stéréo des Beatles, j'ai rédigé un long article sur le sujet, paru dans le numéro 545 de Rock&Folk. Une analyse / survol des pochettes des mythiques albums m'a également été commandée par la rédaction, mais n'est pas passée. Here it comes.

 

 

Le coffret vinyle stéréo des Beatles permet également de (re)découvrir les visuels des pochettes de leurs albums, en grandeur nature et “répliquées” avec soin à partir des sources encore disponibles. Revue de détail.

 

 

Précurseurs sur le plan musical, les Beatles l’ont également été en matière de pochettes de disque, donnant d’eux des images fortes que le temps a contribué à rendre mythiques. Au point que sur sept des quatorze rectos d’albums de leur discographie, définitive et officielle depuis la fin des années 80 (elle inclut désormais la version américaine de “Magical Mystery Tour” et les “Past Masters” en un seul disque), leur nom n’apparaît qu’en petit ou carrément pas. Deux de ces disques n’affichent pas non plus leur titre (celui du “White Album” est embouti et donc pratiquement illisible), et trois pochettes sont en noir et blanc (totalement blanche dans le cas du “White Album”), contre onze en couleurs. Les Beatles ont été un des premiers groupe pop anglais à proposer une gatefold sleeve (la pochette de “Beatles For Sale” s’ouvrait dès 1965), des textes de chansons (sur “Sgt. Pepper” et le “White Album”, au grand dam de leurs éditeurs qui craignaient que les ventes de partitions et songbooks pâtissent de cette audace) et des “choses” en plus (la planche de découpages de “Sgt. Pepper”, le poster et les photos du “White Album”, le livre inclut dans le coffret – lui-même une première – de “Let It Be”). Sans surprise, l’étude des pochettes d’album révèle que Paul McCartney était le plus impliqué dans leur conception (il a dessiné des croquis pour la plupart), et c’est également lui qui a suggéré de faire appel à des designers, graphistes et photographes en vogue dans les années 60. Devenues iconiques pour certaines, les pochettes des Beatles ont été souvent imitées (par eux-mêmes parfois – Ringo Starr proposait sa version du recto de “Sgt. Pepper” sur la pochette de “Ringo” en 1973, “Paul Is Live”, en 1993, reprenait le concept d’ “Abbey Road”…). On notera enfin que deux des pochettes de disque des Beatles ont contribué à alimenter la folle rumeur de la mort de Paul McCartney, née en 1967 : “Sgt. Pepper” et “Abbey Road”. A tous les loufdingues qui ont pensé que les Beatles (trois membres du groupe plus un usurpateur d’identité donc) mimaient une procession funèbre sur la pochette de leur dernier 33 tours, on précisera que l’idée de marcher en ligne, en laissant le studio derrière eux, était pour McCartney sa façon d’illustrer la fin du groupe. EMI l’aurait fait à sa manière en 1970, en faisant figurer une apple rouge au verso des premiers pressages de “Let It Be”, à la place de la verte.

 

 

“Please Please Me” (1963)

 

 

 

C’est George Martin qui a suggéré aux Beatles de requérir les services du photographe de théâtre Angus McBean, de ses connaissances. Le producteur a également proposé que le premier album du groupe s’appelle “Off The Beatle Track”, un titre non retenu qu’il recyclera en 1964 pour son premier disque d’instrumentaux de chansons des Beatles. Cette photo de couverture (une légèrement différente, issue de la même séance, a été utilisée sur pour les fameuses compilations Rouge et Bleue des années 70) est très éloignée du projet que Paul McCartney avait dessiné. Elle a été prise début 1963 par McBean, allongé sur le sol du hall d’EMI à Manchester Square (Londres).

 

“With The Beatles” (1963)

 

 

 

En août 1963, à la demande de Brian Epstein, le photographe anglais Robert Freeman rejoint les Beatles dans un hôtel de Bournemouth. Réputé pour ses photos de John Coltrane, il estime qu’une ambiance noir et blanc, très contrastée et dans l’esprit de certaines pochettes de disque de jazz, conviendrait bien au groupe et à sa musique. Improvisée au Palace Hotel devant un simple rideau tendu, la séance (et la pochette !) a tellement plu aux Beatles (ils retrouvaient la facture des clichés effectués par leurs amis allemands à Hambourg), que Freeman a shooté régulièrement le groupe au cours des trois années suivantes.

 

“A Hard Day’s Night” (1964)

 

 

Après avoir livré une image iconique mais figée des Beatles sur l’album précédent, Robert Freeman a souhaité jouer la carte du mouvement, ses photos devant illustrer le disque de chansons d’un film dont certaines scènes faisaient écho à la turbulente beatlemania. Des gros plans des Beatles en noir et blanc ont été pris dans son studio londonien, puis il les a tout bonnement agencés en ligne. Le résultat est à la fois déconcertant de simplicité et d’efficacité. Un montage stroboscopique de portraits tirés des mêmes séances a été utilisé pour le générique de fin du film.

 

“Beatles For Sale” (1964)

 

 

Prises à Hyde Park par Robert Freeman à l’automne 1964, les photos des recto et verso du quatrième album des Beatles sont en couleurs. La séance, rapide comme toujours avec les Fab Four, a eu lieu en fin d’après-midi alors que le froid commençait à piquer (d’où la présence d’écharpes autour des cous des musiciens). Pour prendre le cliché de l’arrière de cette pochette gatefold, Freeman a grimpé dans un arbre. Les deux photos intérieures, signées Freeman également, ont été prises en tournée américaine et aux Twickenham Film Studios.

 

“Help!” (1965)

 

 

Les gestes que font les Beatles sur la pochette de l’album de chansons de leur deuxième film sont inspirés de l’alphabet sémaphore (les fameux signaux à bras), mais le message qui correspond à leurs positions ne veut rien dire même si des allumés prétendent le contraire. D’ailleurs, dans certains territoires, les quatre Beatles (des photos détourées posées sur un fond blanc) n’occupent pas la même place sur la pochette. Robert Freeman est une nouvelle fois responsable de ce visuel dont l’idée lui est venue en shootant le groupe en train de faire des gestes similaires au son de sa musique, pendant le tournage du film dans les Alpes.

 

“Rubber Soul” (1965)

 

 

Contrairement à ce qu’affirment de piètres glossateurs, la photo de couverture de “Rubber Soul” n’a pas été prise au fisheye, mais tirée légèrement en biais à la demande des Beatles (après qu’ils l’ont vue, projetée de travers par Robert Freeman le jour du choix de l’image). Le cliché a été fait à Weybridge, chez John Lennon à l’époque, et se distingue par une dominante de brun clair et de kaki que selon Freeman, EMI n’a pas su retranscrire en imprimant la pochette. A ce stade de leur carrière, l’image des Beatles est devenue si forte que leur nom n’a plus besoin de figurer au recto du disque. Par contre, “Rubber Soul”, en lettrage bulle psychédélique créé par Charles Front, est le titre le plus gros de tous les 33 tours des Beatles.

 

“Revolver” (1966) 

 

 

En 1966, après s’être vu refuser un projet pour le sixième album des Beatles (qui se serait appelé “Abracadabra” si ce titre n’avait pas déjà été pris), Robert Freeman passe le flambeau à Klaus Voormann, un artiste-musicien rencontré par le groupe à Hambourg au début de leur carrière. Il vient alors de s’installer à Londres, et propose un visuel avant-gardiste basé sur des dessins, très simples (en apparence) et exécutés de mémoire, des têtes des Beatles. Le collage de photos des musiciens, au centre et en haut de la pochette, est le résultat d’une nuit que Voorman et John Lennon ont passé à faire des découpages chez ce dernier. La tête d’une photo de Paul McCartney, prise alors qu’il était aux WC, a été retirée de la version finale, à la demande de George Martin.

 

“Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band” (1967)

 

 

Pour illustrer le concept-album phare de la pop des années 60, disque qui leur a pris le plus de temps à enregistrer, c’est une idée de Paul McCartney qui a été retenue par les Beatles. Inspiré par une photo de l’orchestre dans lequel jouait son père, il propose ce concept kitsch : des Beatles musiciens de fanfare militaire aux uniformes colorés qui posent devant un collage grandeur nature de personnalités choisies par eux. Sur les conseils du galeriste Robert Fraser, le design a été confié à l’artiste pop art Peter Blake qui a lui-même suggéré le photographe Michael Cooper. Hitler, Jésus Christ (sélectionnés par John Lennon), l’acteur Leo Gorcey (qui voulait être payé) et Gandhi ont été retirés du collage à la dernière minute.

 

 

“Magical Mystery Tour” (1967/1976)

 

 

Le visuel de cet album qui n’a rejoint le catalogue officiel anglais des Beatles qu’en 1987 (double-EP au Royaume-Uni, “Magical Mystery Tour” est sorti en 33 tours rehaussé de cinq chansons aux USA, dont les premiers pressages anglais ne sont apparus qu’en 1976), a une nouvelle fois été suggéré par Paul McCartney. Prises sur le tournage du film de télévision, les photos de John Kelly ont été réparties dans un livret de 24 pages illustrés de dessins de Bob Gibson. Le concept des quatre Beatles habillés en animaux (John en morse ?), qui semblent propulsés par le titre en lettrage psyché sur le double-EP, a été repris au recto du 33 tours, avec un cadre permettant de rajouter les noms des chansons, en haut et en bas.

 

“The Beatles” (1968)

 

 

En opposition à l’exubérance de la pochette de “Sgt Pepper”, l’album précédent (“Magical Mystery Tour” n’était qu’un double-EP – sauf aux USA – dans les années 60), les Beatles, après avoir écarté quelques projets plus ou moins bariolés dérivés du pop art, ont opté pour un visuel minimaliste pour leur premier disque (un double !) de crise. Robert Fraser leur a conseillé de s’adresser à l’artiste Roger Hamilton, dont plusieurs suggestions ont été rejetées sauf sa dernière : une pochette toute blanche, numérotée, avec le nom du groupe (également le titre du disque) simplement embouti en très petit. Le poster est un collage de photos de John Kelly (il est persuadé que le concept du “White Album” vient de la carte immaculée qu’il avait envoyée à ses amis le Noël précédent) et Linda Eastman. Kelly a aussi tiré les quatre portraits séparés inclus.

 

“Yellow Submarine” (1969)

 

 

Directeur artistique du dessin animé auquel les Beatles n’ont fini par s’intéresser qu’après en avoir vu les premiers rushes, le génial illustrateur allemand Heinz Edelmann (décédé en 2009) est également responsable du visuel de la pochette du disque des chansons du film (avec des thèmes instrumentaux signés George Martin en face B). Pas fan de pop et encore moins consommateur de LSD, Edelmann est pourtant le graphiste responsable de ce “Yellow Submarine” totalement déjanté sur le plan visuel. Comme beaucoup d’amateurs du film, il avait un faible pour les Blue Meanies et sa représentation cartoon des Beatles est une des plus iconiques du quatuor.

 

“Abbey Road” (1969)

 

 

Cette pochette a coûté cher en plaques de rue à la ville de Londres et en peinture blanche à EMI qui depuis, depuis 1969, fait régulièrement repeindre le muret, constamment recouvert de graffitis en hommage aux Beatles. Pour le dernier album studio du groupe, dont le titre envisagé a été “Everest”, Paul McCartney a esquissé un visuel à la hâte (les Beatles traversant le passage protégé devant les studios EMI – situés dans leur dos, ils n’ont été rebaptisés Abbey Road qu’en 1970) et Iain Macmillan, que connaissait John Lennon, a pris la photo. Grimpé sur une échelle tandis qu’un policier bloquait momentanément la circulation, le photographe a fait six clichés en moins de dix minutes, dont celui qui figure au recto du disque. Aujourd’hui encore, à n’importe quelle heure du jour, quelqu’un se fait prendre en photo au même endroit.

 

“Let It Be” (1970)

 

 

Alors que “Let It Be” s’appelait encore “Get Back”, et avant que sa sortie ne soit contrariée par les problèmes nés des divergences dans le groupe (qui l’ont mené à enregistrer “Abbey Road” et à ce qu’il sorte avant “Let It Be”), Angus McBean, le photographe de la pochette de “Please Please Me”, a été sollicité pour prendre un cliché semblable à celui du premier album (mais avec les Beatles de 1969). Il sera utilisé pour les compilations Bleue et Rouge de 1973, et un visuel plus sobre (quatre portraits carrés d’Ethan Russell effectués sur le tournage de “Let It Be”) sera choisi pour la pochette de cet album disponible, pendant les premiers mois, sous la forme d’un coffret contenant également un livre de photos du film de 164 pages qui s’effeuillait avec le temps (non inclus dans le coffret vinyle).

 

“Past Masters” (2009)

 

 

Aucun designer n’est crédité pour la version double de “Past Masters” (paru sous la forme de deux CD simples en 1988), apparue en 2009. Côtoyant souvent l’équipe en charge des rééditions en Angleterre et en France, on a compris que la sobriété d’apparence de “Past Masters” reflétait le caractère historique et le sérieux qui caractérisent toutes les rééditions cruciales de l’œuvre des Beatles depuis vingt-cinq ans. Les maquettistes des visuels d’EMI ont appliqué cette solennité visuelle à la compilation “1” en 2000, aux coffrets de CD remasterisés (stéréo et mono) de 2009, et au présent coffret vinyle (stéréo). Les pochettes d’albums dérivés de disques originaux (“Yellow Submarine Songtrack”, “Let It Be… Naked”), tout comme celles de “Live At The Beeb”, “Anthology” ou “LOVE” sont plus riches et colorées. *

 

 

 

Le croquis qui illustre cet article a été réalisé par Paul McCartney, quelques instants avant la séance de la photo d’ “Abbey Road”

 

Chapitre Beatles à lire dans #WOTE25ansdécritsrock.

 

J'ai chroniqué “Abbey Road” dans le livre “100 Vinyls Incontournables” (Fnac/2014).

  

@copyright CTBK/J.Soligny 11/2014

 

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