Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Réalisé par Collectif Intro - Agence de communication
Blow Monkeys
autour de l’album
“Feels Like A New Morning”
11 questions à
Robert Howard
Bonus apparents

Blow Monkeys
autour de l’album
“Feels Like A New Morning”
11 questions à
Robert Howard
Bonus apparents

Dans les années 80, j’ai beaucoup aimé et écouté des groupes pop boudés par les amateurs gaulois de rock, ce qui ne faisait que redoubler l’intérêt que j’avais envie de leur porter. Les Pet Shop Boys, ABC, Frankie Goes To Hollywood et les Blow Monkeys comptent parmi ceux dont je possède tous les albums, pas mal de maxis et un joli paquet de vinyles. J’ai consacré un long chapitre à Neil Tennant et Chris Lowe dans “Writing On The Edge”, mais n’ai fait qu’y effleurer la surface des autres et notamment des Blow Monkeys. Cruel To Be Kind me permet de mettre un coup de projecteur sur ces derniers, dont j’ai adoré la plupart des chansons et la production des disques parce que oui, en effet, je considère que ces choses ont de l’importance. En mars 2013, les Blow Monkeys ont publié “Feels Like A New Morning”, un formidable nouvel album studio auquel on ne s’attendait pas et, dans le référendum des rédacteurs de Rock&Folk, j’ai indiqué que “Chained”, une véritable merveille, était ma chanson de l’année. Sans surprise, je suis le seul à avoir voté pour elle. Préalablement, Cherry Red, mon label anglais préféré, réputé pour joindre l’utile à l’agréable (publier des rééditions augmentées et des nouveautés dignes d’être écoutées), avait ressorti, au format double-CD deluxe, les trois premiers albums des Blow Monkeys. Je les recommande vivement aux vieux qui seraient passés à côté et aux jeunes amateurs de grande cuisine pop. Début 2014, j’ai interviewé Robert Howard, alias Dr. Robert, le chanteur-guitariste-songwriter des “Blow” comme on dit chez nous (et aussi chez mon copain Christian Gabrielli qui me les a fait découvrir), et ses réponses à ma dizaine de questions figurent dans cet article. N’ayant pas eu la possibilité de rencontrer les Blow Monkeys à leur grande époque — ils se sont séparés alors que je commençais à peine à écrire dans Rock&Folk – je suis ravi d’avoir pu effectuer cette interview même si Robert Howard, hum, n’est pas un grand bavard. En Bonus Apparents, j’ai ajouté ma chronique de “Feels Like A New Morning”, celle, totalement déjantée, de “Springtime For The World”, l’album qui a précédé le split (toutes deux parues dans Rock&Folk à vingt-trois ans d’intervalles), et j’ai chroniqué pour Cruel To Be Kind (“chroniqueté” devrais-je écrire puisque ces textes n'excèdent pas sept cent signes), les trois albums somptueusement réédités par Cherry Red. Un grand merci à Matt Ingham qui me les a fait parvenir.

 

 

11 questions à Robert Howard

 

J : Un gamin de quinze ans visionne une compilation vidéo des années 80. Comment lui expliqueriez-vous la différence entre Johnny Hates Jazz / Tears For Fears et les Blow Monkeys / The Style Council ?

 

Robert Howard : Ah, OK (rires). Eh bien, en réalité, je n’essaierais même pas. En espérant que ça lui semble évident…

 

 

J : A quand remonte votre passion pour Marc Bolan et avez-vous jamais pensé à travailler avec Tony Visconti ?

 

Robert Howard : Marc a été mon premier héros musical, et celui qui vous ouvre les yeux au monde reste un compagnon pour toute la vie. J’apprécie la production de Tony Visconti, mais n’ai jamais songé à travailler avec lui.

 

 

J : Les Blow Monkeys ont publié des disques à une époque ou l’Angleterre était particulièrement malmenée sur le plan politique, tout en cultivant une image relativement sophistiquée ce qui n’est pas caractéristique d’un groupe militant…

 

Robert Howard : C’est exact et c’est la faute d’Oscar Wilde (rires).

 

 

J : Nous avons un point commun : je me suis également fait signer par RCA/BMG au début des années 90, par quelqu’un qui a quitté le label juste après…

 

Robert Howard : Ah, on a eu la chance de s’en sortir en travaillant dur, en baissant la tête dans le guidon. Au bout du compte, notre ami Korda nous a sauvé la mise (Korda Marshall, alors directeur artistique de RCA à Londres, et aujourd’hui patron de Infectious Music UK – NdA).

 

 

 

J : Vous habitiez au-dessus d’un magasin de disques spécialisé dans la dance music lorsque vous avez écrit les chansons de “She Was Only A Grocer’s Daughter”. Est-ce la raison du virage funky des Blow Monkeys ?

 

Robert Howard : Mmm, ça se pourrait. J’étais en colloc’ avec Hector, le fameux DJ devenu légendaire ! Il m’a beaucoup appris et m’a initié à pas mal de trucs magiques.

 

 

J : “She Was Only A Grocer’s Daughter” a cartonné, même aux USA. Comment avez-vous appréhendé ce succès ?

 

Robert Howard : Le succès est quelque chose de confortable. Je dirais même plus : de trop confortable !

 

 

J : Comment était-ce d’enregistrer avec Curtis Mayfield sur “(Celebrate) The Day After You” ? Avec quel autre de vos héros aimeriez-vous travailler ?

 

Robert Howard : Curtis était exactement comme je m’attendais à ce qu’il soit : un gentleman. Mais aujourd’hui, je n’ai plus de héros. Je ne cherche plus rien dans le regard des autres.

 

 

J : Le son de “She Was Only A Grocer’s Daughter” est très léché, vraiment différent de celui de vos albums solo parus ensuite. Aimiez-vous la production des premiers albums des Blow Monkeys ?

 

Robert Howard (évasif) : Parfois oui…

 

 

J : “Whoops! There Goes The Neighbourhood” et “Springtime For The World”, les deux derniers albums des Blow Monkeys première période ont moins bien marché et le groupe n’a pas survécu…

 

Robert Howard : …Et je suis au regret de ne pas avoir énormément d’explications à fournir : on a cessé d’être amis histoire d’essayer des choses différentes et on s’est remis ensemble dans le but de faire quelque chose de neuf.

 

 

J : “She Was Only A Grocer’s Daughter” est un des albums cruciaux de sa décennie. L’avez-vous senti à l’époque ?

 

Robert Howard : Oh, merci beaucoup (rires). C’est certainement un album clef mais il m’arrive de me demander si “Animal Magic” ne l’était pas davantage en ce sens qu’il a pavé la route pour “She Was Only A Grocer’s Daughter”.

 

 

J : “Feels Like A New Morning” a été une des très bonnes surprises de 2013. N’avez-vous pas le sentiment d’être au top, en tant que songwriter, lorsque vous travaillez avec les Blow Monkeys ?

 

Robert Howard : En fait, je m’efforce d’être bon avec le groupe car je ne veux pas le décevoir. Je tiens à leur proposer quelque chose qui donne la foi aux musiciens lorsqu’on part jouer à Hull un mercredi pluvieux (rires).

 

 

Bonus Apparents

 

“Springtime For The World” (1990)

(RCA)

 

 

 

C’est le disque du moi. Et incontestablement celui du mois. Ego record. A tel point que j’ignore par où le prendre. En fait, j’ai deux options : écouter la chanson “Springtime For The World”, ode radieuse à des jours meilleurs, et plus jamais autre chose, ou essayer de comprendre. Dans les deux cas, ce nouvel album des Blow Monkeys, leur sixième (compilation comprise) est nécessaire. Est-il suffisant pour bien saisir ? Etrangement, ce Dr. Robert qui dirige les opérations est un grand malade, un pilleur effronté qui aimante les styles musicaux les plus nobles et s’intéresse depuis peu à la world music. Sa soul-au-pot en fusion peut sembler indigeste, elle est de loin la plus attrayante du moment. “Springtime For The World” bouillonne de chansons de plus en plus hardies (“In Too Deep”, “If You Love Somebody”), et propose également du nouveau : des instrumentaux au débotté (“Vibe Alive!”), des collages, des tourneries agencées à la va-vite (“The Blues”), par ce Scapin de Robert Howard. Tout ça n’a pas dû faire les affaires du label des Blow Monkeys avec qui, détail, on les dit fâchés. “La Passionara” et sa guitare flamenca à la chanterelle violentée, “Let The People Dance” et “Fruits Of The Earth” sous influence house de Chicago, “As The Dust Settles” et “Checking Out” préparées à la mode Stax, ne se laissent pas amadouer facilement et ne sont solubles dans aucun courant actuel. On peut le déplorer, mais personne, en radio, ne passera “Be Not Afraid”, samba frénétique d’un peu plus de sept minutes sur laquelle Cheb Khaled vocalise comme si ça vie en dépendait. Quoi que l’avenir réserve aux Blow Monkeys et à leur porte-parole, on se souviendra de sa voix de crooner gauchisant sur la chanson-titre de cet album intrépide et sans frontière. “Springtime For The World” est un des derniers grands disques libres.

 

 

Feels Like A New Morning” (2013)

(Cherry Red)

 

 

L’état du monde, la crise, le mauvais temps… On était en droit de ne plus rien attendre de bon de cette fin de printemps, lorsqu’un paquet est arrivé de Cherry Red. Avec quatre albums dedans : les luxueuses (double-)rééditions des trois premiers disques publiés par les Blow Monkeys (en 1984 et 1986), et “Feels Like A New Morning”, leur nouveau, et déjà le quatrième (en comptant un live) depuis que le groupe s’est reformé en 2007. Eh bien, on n’est vraiment pas déçu que le colis ait traversé la Manche, car la plupart des titres de cet opus assez éloigné, dans la forme, de la funk pop engagée qui a fait la réputation et le succès relatif de cette formation très acceptable d’une décennie souvent décriée, sont formidables. Moins sophistiqués que par le passé, les Blow Monkeys sont toujours drivés par leur singer-songwriter (et guitariste chevronné) Robert Howard. Sur fond d’indie soul (“Oh My”, la chanson-titre), de ballade grand canyon (“Cover Me”), de montée en sucre glace (“That’s Not Right”), de jazz décalé (“In No Time At All”) et de grooves bluesy ou hip-hop (“Said Too Much”, “Shake It Off” en mode Stereo MC’s…), il préfère désormais évoquer les tracasseries relationnelles ciblées que les grandes causes souvent aveugles. Capables du meilleur comme du souverain, les Blow Monkeys illuminent le disque avec “Chained”, hymne à l’amour sur une suite d’accords que Bacharach ne pourrait qu’adorer, et “Icarus In Flames”, batterie soft rock très en avant, que le saxophoniste Neville Henry contribue également à embellir. En bonus, un CD de classiques des Blow Monkeys (“Digging Your Scene”, “Springtime For The World”), interprétés à la guitare impeccablement sèche par Robert Howard.

 

 

“Limping For A Generation” (1984)

(RCA/ Cherry Red)

 

 

Produit par Peter Wilson (The Jam, The Style Council), ce premier album est le moins léché du groupe même si, à l’époque, une partie de la critique n’hésita pas à comparer la music des Blow Monkeys à celle de Roxy (l’omniprésence du saxophone, tenu par Neville Henry est pour beaucoup dans cette analogie). Alors que le disque miroite effectivement de quelques reflets glam et indés jouissifs, il est globalement caractérisé par une rugosité sombre qui ne coiffe pas dans le sens du poil les pourtant admirablement écrites “Man From Russia”, “Atomic Lullaby” ou “Wildflower” (toutes parues en single). Echec commercial, “Limping For A Generation” a fini par s’imposer avec les décennies et reste, encore aujourd’hui, le plus culte des albums du quartet.

 

 

“Animal Magic” (1986)

(RCA/Cherry Red)

 

 

Il suffit parfois d’une petite clef rusée pour ouvrir une grosse porte un peu balourde. C’est exactement ce qu’a réussi “Digging Your Scene”, titre d’ouverture du deuxième album des Blow Monkeys, aux accents résolument soul. La chanson, coproduite par Wilson et Michael Baker, piaffa aux portes du Top 10 anglais mais, surtout, pénétra de plein fouet les charts américains. Soudain, le groupe passait de prometteur à valeur sûre. A peine moins fortes, “Wicked Ways”, “I Nearly Died Laughing” et “Don’t Be Scared Of Me” allaient confirmer le penchant de Dr. Robert pour les cordes surligneuses et les cuivres à la Stax, tandis qu’il utilisera “Burn The Rich” pour villipender sa tête de turc préférée, Margaret Thatcher.

 

 

“She Was Only A Grocer’s Daughter” (1987)

(RCA / Cherry Red)

 

 

Avec son titre en référence directe à la chef du parti conservateur anglais de l’époque, “She Was only A Grocer’s Daughter” enfoncera le clou planté par son prédécesseur. Produit aux petits oignons par le seul Michael Baker, l’album qui ouvre, comme le précédent, par sa chanson la plus forte (“It Doesn’t Have To Be That Way”) est le plus pop des Blow Monkeys. En plus de ce morceau qui a le mieux marché de l’histoire du groupe, alors à son sommet sur le plan du songwriting (“Some Kind Of Wonderful”, la ballade “Out With Her” et le dansant “(Celebrate) The Day After You” avec Curtis Mayfield planent également très haut), Dr. Robert se permettra une allusion à peine voilée à son héros Marc Bolan dans la très T.Rex “Rise Above”.

 

*A noter que ces trois rééditions sont double et proposent tout un lot de versions rares, remixes divers, faces B et titres inédits. Un exemple ? La version originale de “It Doesn’t Have To Be That Way”, produite par Peter Wilson seul, et donc avec un vrai batteur puisqu’en autres gimmicks de production, Michael Baker mettait alors de la Linn Drum partout où il passait.

 

 

 

@copyright CTBK/Jérôme Soligny 09-2015 

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