Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Réalisé par Collectif Intro - Agence de communication
DAVID BOWIE
AUTOUR DU COFFRET

DAVID BOWIE
AUTOUR DU COFFRET
"FIVE YEARS 69-73"
LET ALL THE CHILDREN BOOGIE

 

 

 

Le 23 juin à l’aube, jour de mon anniversaire, je recevais un e-mail de Julian Stockton d’Outside m’annonçant la sortie, le 25 septembre, de “Five Years 1969-1973”, premier d’une série de coffrets CD et vinyle rétrospectifs de la carrière musicale de David Bowie. J’aurais pu y voir un signe, sauf qu’avant ce matin, 24 septembre 2015, veille du 25 et donc de la parution de la chose, je n’avais pas remarqué cette coïncidence. Qui me conforte dans l’idée que j’ai eu raison de vouloir lancer Cruel To Be Kind le jour de la sortie de ce coffret. D’abord, alors que mes proches sont au courant de la construction de ce site pop/rock depuis deux ans, il fallait bien qu’un jour ou l’autre, je le rende public. Certes, j’aurais pu attendre le 30 septembre, celui de ma fête (il y a bel et bien un Saint-Jérôme !), mais en réalité, le 25, c’est parfait. Car depuis un sacré bail, quarante-quatre ans pour être précis, chaque journée associée à la sortie de quelque chose lié à Bowie est un peu ma fête. Enfin, c’est ce que croient ceux qui suivent, même de loin, mon travail. Et, oui, j’ai pas mal contribué à ce qu’on pense ça. Je plaide coupable. D’avoir découvert et aimé la musique de David Bowie très tôt dans ma vie, d’avoir baigné de bon cœur dans sa marmite et finalement, de n’en être jamais ressorti. Pourquoi ? Parce que je me suis senti bien avec ses chansons, à toutes les époques de mon existence qui correspondaient à d’autres, de la sienne. Parce que, comme tant de mélomanes, je me suis construit en écoutant ses disques, achetés l’un après l’autre. Lentement, mais sûrement, à une époque où la profusion n’était même pas un fantasme, ou la gratuité (de la musique) et le vol (de la musique) n’annihilaient pas les rêves. Car désolé : écouter en streaming pourri ou se récupérer un MP3 niqueur de tympan ne peut être comparé au bonheur d’acheter un vrai disque, parce que ça valait quelque chose, avec une pochette autour. Qu’on ramenait à la maison et qu’on posait sur la platine du pick-up ou de la chaîne hi-fi sans avoir enlevé son anorak. La musique emplissait la chambre dont on avait pris bien soin de fermer la porte des fois que le secret du refrain à venir ne s’ébruite. C’était une quête, on se constituait un trésor, on s’en parlait entre “initiés”, gamins du même âge sous les mêmes influences. Car, en plus, il n’y avait pas que Bowie. Mais forcément, il était spécial. Surtout parce que nous ne l’étions pas. Spéciaux.

 

 

 

 

Bientôt, de chaque côté de la Manche et de l’Atlantique, nous fûmes des dizaines de milliers à penser être uniques. Seuls à avoir reçu cette musique de plein fouet, en même temps que les images de lui qui nous arrivaient, un peu par la télévision — à une, puis deux chaînes — et pas mal par la presse rock. C’est cette multitude d’esprits vierges et, au bout du compte, choqués, qui a constitué le terreau de la carrière de David Bowie. Je suis un grain de cette terre. Tous ceux qui se sont déplacés pour voir l’exposition David Bowie Is dans le monde depuis mars 2013, en sont. Bowie a traumatisé, par ses chansons, ses looks. Son intention de plaire à tout prix a commis l’irréparable et plusieurs générations ont subi son influence, giclée furibonde, et n’ont jamais cessé d’en redemander depuis. Mais effectivement, tout cela était encore plus fort pour les ados du début des années 70. Qui ont fait le grand saut, des Dinky Toys à “Hunky Dory”, sans passer par une autre case. Je portais des culottes courtes lorsque j’ai entendu “Saviour Machine” pour la première fois. Le jeudi, puis le mercredi après-midi (le jour de congé des écoliers français a changé en 1972…), au cours de tennis, je tenais, le plus souvent possible ma raquette comme une guitare histoire d’y plaquer les accords fictifs de “Ziggy Stardust”. J’ai refusé des week-ends en famille à la campagne pour apercevoir Bowie et ses Araignées de Mars à Pop 2 en espérant qu’ils jouent “Drive-In Saturday”. J’ai mis mon oreille sur le papier glacé de Best afin de vérifier si, sur cette photo en kimono, Aladdin Sane ne me murmurait pas quelque chose. A moi, à moi seul. Comme tellement d’autres. Oui, très tôt, c’était déjà peine perdue. Et quelque part, ça ne c’est pas arrangé avec le temps. Qui n’a pas réussi à me ranger. Dans son droit chemin. Sans que j’aie eu trop besoin de lui résister. Le temps “attendait en coulisses”, tant mieux si vous connaissez la suite, vous voyez ce que je veux dire. Quelque part, David Bowie, comme Peter Pan, a conservé autour de lui tous les enfants perdus. Ceux qu’il a trouvés, agrippés à ses bottes de sept lieues. Une armée de Lilliputiens grouillante au pied de Gulliver. Il dira qu’il n’a pas voulu ça, mais il le constate. Retiré depuis le début des années 2000, Bowie n’en reste pas moins un observateur avisé des choses de la vie et de la sienne. Ce ravage, consenti par les victimes, fait partie de son œuvre.

 

  

 

Alors parce que j’ai déjà bien donné, à Rock&Folk et dans “Writing On The Edge” notamment, je ne risque pas de faire l’affront, à vous et à moi-même, de “chroniquer” bêtement ce coffret. Ni d’essayer de justifier les actes d’une maison de disques avec qui je ne m’entends plus que moyennement aujourd’hui (c’est une autre histoire, les années EMI sont déjà loin…) qui, ne l’oublions pas, a bien l’intention de vendre, d’abord à ceux qui les possèdent déjà et aussi aux autres, les mêmes albums de Bowie pour l’énième fois. A leur décharge (je l’aime vraiment bien celle-là…), je signale que dans le cas de Bowie et à la différence d’Alice Cooper, dont le même label a commercialisé cet été un vulgaire coffret rétrospectif sans l’ombre d’un bonus, c’est bien la volonté de sa petite entreprise à lui qui est à l’origine des rééditions. Je rappelle qu’à la différence de la plupart des musiciens de sa génération, David Bowie est propriétaire de l’essentiel de ses masters et que toute exploitation du back-catalogue passe par lui, et qu’il en est le plus souvent à l’origine. Ce n’est pas le cas de Queen, Prince ou Pink Floyd et encore moins des Beatles ou des Stones pour ne citer que quelques groupes et artistes aux catalogues colossaux. A titre d’exemple, lorsque j’ai suggéré en 2013 à son label de rééditer “Heroes” en français pour le lancement de l’exposition à Paris, Bowie (son équipe, son bureau) a donné son accord pour qu’une quantité limitée du single soit repressée. De même, alors qu’une partie des coéditeurs de la chanson refusaient que le texte de “Heroes”, en français, soit imprimé dans “David Bowie Ouvre Le Chien”, c’est à une intervention de ses gens que je dois d’avoir finalement eu l’autorisation. Dommage qu’elle soit arrivée le lendemain du jour où La Table Ronde a envoyé le manuscrit à l’imprimerie…

 

 

 

Pour s’assurer de l’implication de David Bowie dans ses rééditions et donc “Five Years 1969-1973”, premier coffret de cette campagne massive, il suffit de lire les noms de ceux qui ont travaillé dessus, à la fin de son épais livret. Ceux qui sont remerciés le plus chaleureusement sont des membres de son équipe, et un des plus grands spécialistes mondiaux de son œuvre, Mark Adams, en fait partie. Et donc, inutile de blâmer le label de Bowie à l’idée d’avoir à débourser 120 € ou 250 € pour les versions CD et vinyle de “Five Years 1969-1973”. Le vrai responsable est ce caméléon, ce génie de la réinvention, ce musicien inégalé, ce performer hors pair. Oui, on parle bien du même. Et quelque part, ce coffret “vaut l’argent” comme disait mon notaire. Et si vous achetez les deux (400 €, une paille), vous ne vous ferez pas voler. Même si vous avez déjà tout. En triple ou quadruple exemplaires. D’abord, parce que quand on aime on ne compte pas. Ensuite parce qu’on n’a qu’une vie et que la nôtre (celle de ceux âgés de dix-sept à soixante-dix-sept ans) est une des dernières tolérables (Euh, pour ceux qui ont dix-sept ans aujourd’hui, ça va peut-être craindre un poil… Mais si vous supportez les dérèglements climatiques, la montée des extrêmes et des eaux, l’arrivée en masse de gens qui n’auront plus rien et voudront tout, l’absence de poissons dans la mer et d’arbres dans les forêts, ça devrait pouvoir le faire…). Le contenu de ce coffret est magistral. Tout a déjà été écrit (et, en France, personnellement, je n’y suis pas allé de main morte…) à propos de ces albums fondateurs qui ont propulsé David Bowie plus haut et loin que… Mars. Tout, c’est-à-dire des tonnes de louanges et pas mal de conneries. Même sous ma plume. Alors, puisqu’on a vidé de leur sens les adjectifs les plus flatteurs, usé jusqu’à la corde les mêmes expressions pour évoquer les mêmes chansons, musiciens et producteurs, je ne vais pas en remettre une couche ici.

 

 

 

 

 

 

“David Bowie” (“Space Oddity” pour les moins intimes), “The Man Who Sold The World”, “Hunky Dory”, “The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars”, “Aladdin Sane” et “Pin Ups”, les six albums studio de Bowie par lesquels son scandale est arrivé puis s’est propagé, trônent dans “Five Years 1969-1973” comme des icebergs luminescents dans une coupe de champagne. Irradient comme les yeux de son visage et surtout comme celui qui n’est pas vairon (mais dont la pupille est dilatée – on doit aux mauvais journalistes de connaître le mot vairon, c’est toujours ça d’appris…). Dans ces six disques, du folk alambiqué au retroglam, une myriade de chansons dont plus de la moitié sont des classiques, batifolent comme à leur sortie, comme si elles étaient seules au monde, comme si elles étaient à tout le monde. En citer une ? Et puis quoi encore ? Bon, d’accord, mais une seule alors : “Changes”. Vous auriez préféré une autre ? Ne vous gênez pas : Bowie, ou plutôt l’idée que vous vous en faites, vous appartient. Dans ses chansons, les couplets, souvent élaborés, montent en puissance. Quant aux refrains, ils sont presque toujours des apothéoses. Et quand ce n’est pas le cas, croyez le ou non, c’est exprès, étudié pour. Pourquoi faire simple quand on peut faire comme Bowie, quand on est Bowie ? Il est bien sûr pour presque tout dans ce grand déballage sonore et sensuel, mais ses hommes de main, musiciens et producteurs y sont au moins pour le reste : Mick Ronson, Tony Visconti, Trevor Bolder, Mike Garson, Ken Scott… Et puis Rick Wakeman, oui, Wakeman pianiste sur “Life On Mars?”. Ces arpèges-là sont plus reconnaissables que n’importe quoi dans l’ensemble de son œuvre, pourtant pas une paille. Et puis les pochettes ! Comment ne pas parler des pochettes ? La tête de Bowie sur “Hunky Dory”… Quelqu’un a compris ? Si oui qu’il m’écrive ou mieux, qu’il ne moufte pas. Je ne veux rien savoir. De plus ou de moins. Sur “The Man Who Sold The World”, sa pose et sa robe, c’est de l’art ou ça précède un truc cochon ? Parce que, désolé, ce n’est pas très clair… Et sur “Aladdin Sane” ! Alerte rose ! Il baisse les yeux… Eh bien heureusement, sinon personne n’aurait plus répondu de rien. Et cette larme, comment être sûr que c’est de l’eau ? “Cracked Actor” semblerait indiquer qu’il s’agit de tout autre chose…

 

 

 

Epais de cent vingt-huit pour la version CD (et quatre-vingt-quatre pages pour l’édition vinyle, aux albums pressés en qualité audiophile), le livret de “Five Years 1969-1973” est un véritable livre dont les photos ont été rarement montrées, dans lequel les textes de Tony Visconti et Ken Scott, évoquant les albums sur lesquels ils ont travaillé, justifient de plonger la tête la première. Le texte introductif est signé Ray Davies, un des singer-songwriters majeurs anglais auxquels David Bowie rendait hommage dès 1973 (en reprenant “Where Have All The Good Times Gone”, des Kinks, sur “Pin Ups”). Peu complimenteur malgré l’apparente bonhomie, Davies y va de lignes aussi élogieuses qu’intelligentes et fait fort d’entrée : “Quelle est la couleur d’un caméléon ?”. Quatre des six albums studio réunis ont été remastérisés de frais par Ray Staff et le coffret propose également “Live Santa Monica ’72”, “Ziggy Stardust The Motion Picture Soundtrack” et “The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (2003 Mix)”. Rien de neuf sous ce soleil-là, mais par contre, “Re:Call 1”, la compilation double de chansons (et versions “différentes”, notamment mono) présentes à l’origine sur des singles (mais pas sur les albums) est remarquable. Une version edit d’ “All The Madmen” destinée à l’époque au marché américain, et l’originale de “Holy Holy”, indisponible hormis sur le single de 1971, font leur apparition officielle ici.

 

 

 

Alors, en temps de crise aiguë et de fins des petits pois dans bien des domaines, on comprendra très bien que certains fassent l’impasse. Ils n’achèteront pas non plus le nouveau livre de photos de Mick Rock en édition limitée, “The Rise Of David Bowie, 1972-1973” publié ce mois chez Taschen, et vendu à 500 €. L’amour qu’on porte à la musique de Bowie ne se mesure pas à la hauteur de l’investissement, et beaucoup de ceux qui ne possèdent qu’une poignée de ses disques les écoutent plus souvent que ceux qui les collectionnent avidement. L’époque étant à la dématérialisation générale, les musiciens et leur label trouvent des solutions pour vendre, encore et toujours, des objets. Les recettes sont désormais sans comparaison avec celles des albums vinyle et des premières années du CD, lorsque les majors se sont véritablement foutues de la gueule des mélomanes consommateurs en leur refourguant, sur la rondelle argentée désormais en voie de disparition, des disques à peine ou pas du tout remastérisés. Toute l’industrie paie, aujourd’hui plus que jamais, le prix de cette négligence fruit du mépris. Ceux qui font l’effort de rééditer mieux que correctement leur catalogue (à ce jeu-là, aussi, David Bowie est le plus fort…) ne méprisent personne. Car personne, justement, n’est contraint et forcé d’investir. Et si le fan d’âge mûr désargenté se retourne dans son lit au soir du 25 septembre 2015 en se demandant si un nouveau packaging, quelques raretés et autant de photos qu’il ne connaît pas justifient qu'il casse sa tirelire ou son plan épargne, on lui conseille d’arrêter de se tourmenter l’esprit, pour si peu. S’il possède une copie, sur n’importe quel support, de deux ou trois de ces disques (“The Man Who Sold The World” et “Hunky Dory”, vraiment au hasard…), sa vie s’en ressent forcément déjà. Et ce simple constat vaut tout l’or du monde. Bien plus, en tout cas, que les collections des complétistes, que le contenu de ce coffret et de ceux à venir. Là-haut, l’homme-étoile brille au moins aussi fort pour lui que pour les autres. Let ALL the children boogie.*

 

The Marathon Man

 

 

 

Merci à Julian pour les photos officielles et aux photographes dont j'ai subtilisé les images sur le Web. J'espère contribuer à mettre leur travail en valeur.

 

Le site officiel de David Bowie

 

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