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Live Forever
Lemmy Kilmister
1945-2015

Live Forever
Lemmy Kilmister
1945-2015

On ne peut rien y faire. Les rockers, même les plus coriaces, finissent par lâcher prise. Comme par malheur, nos préférés tombent comme des mouches. CTBK ne les recensera pas tous, mais ne peut pas omettre de signaler que Lemmy Kilmister, de Motörhead pour faire court, s’en est allé entre les deux réveillons de 2015. Un cancer. Un de plus. A la place d’une nécro (qu’il aurait détestée), j’envoie tout ce que je peux de cool et sympa à sa famille et ses proches, et poste ici la chronique de Lemmy, le documentaire d’Olliver et Orshoski, parue en 2010 dans Rock&Folk et qui a sauté au montage de Writing On The Edge. Pas pour faire la farce (il n’y a pas de quoi rire), mais parce Lemmy méritait amplement qu’on lui tresse des couronnes de barbelés de son vivant, ce que, en passant, R&F n’a jamais manqué de faire. J’allais oublier : je n’appelle pas cette rubrique RIP, mais Live Forever. C’est bien plus joli et pas que sur le papier.

 

 

 

On n’aurait rien contre le fait que ça devienne une habitude. Comme en 2010, lorsque Oil City Confidential avait rappelé aux amateurs de rock à mémoire courte, à quel point Dr. Feelgood était un groupe important, c’est au début de l’hiver qu’on s’est pris, en pleines mirettes, ce qui sera certainement le meilleur rockumentaire de 2011. Ni plus ni moins. Un truc brutal dans lequel le principal intéressé balance de l’intense. Du lourd. Les Beatles ? Selon lui, le meilleur groupe de tous les temps. Keith Richards ? Un branleur pas plus rock’n’roll que ça. Votre serviteur, assimilé pro-Fab Four par les « racourcistes » alors qu’il adore certaines faces B des Stones, jure que c’est vrai et qu’il n’y est pour rien. Dans Lemmy, le légendaire leader de Motörhead n’y va pas avec le dos de la main morte, et ces quatre-vingt-dix minutes passées en sa virulente compagnie sont tout bonnement excellentes. Alors que la plupart des réalisateurs mélomanes, même les bien intentionnés, se contentent de faire des films « sur » leur sujet, Greg Olliver et Wes Orshoski, des fans à la base, ont fait le leur « avec » Lemmy Kilmister. Ce qui change la donne, la valeur du contenu et sa portée. Lemmy, parce que le bassiste à la Rickenbaker en fuzzion a joué le jeu et pas qu’un peu (près de trois ans de tournage !), s’impose comme un grand film sur un artiste inclassable. Mais c’est également une ode à la liberté, au non-conformisme, au refus de la connerie dans ce qu’elle a de plus avilissant, aux vies pas comme les autres, sans ceinture ni filet de sécurité (retraite, sécu, congés payés, ces choses…). Les seules existences qui, blague dans le coin et au risque de réveiller l’eau croupie, méritent d’être vécues.

 

 

Sabre au clair

 

Au-delà de la teneur biographique (il est tout de même question ici d’un fils d’aumônier de la Royal Air Force, qui a été roadie de Jimi Hendrix, a collaboré avec les fondus de Hawkwind, et dirige un trio infernal depuis trente-cinq ans), c’est la façon dont Lemmy a laissé les deux réalisateurs aborder l’exercice qui force le respect. Ici, pas de langue de bois, pas de nostalgie, pas d’évocation larmoyante des années dorées, pas de bullshit. Et pas trop de sérieux non plus car Lemmy, qui buvait les sarcasmes de Lennon à la Cavern, est passé maître dans le maniement de l’humour. Couleur perfecto. Sans tergiverser et sans rien dissimuler, Kilmister a toléré de se laisser filmer partout : sur la route et dans son intimité (chez lui, dans son petit appartement de Los Angeles où s’entassent ses souvenirs de tournées et sa collection d’armes et objets du troisième Reich, chez son bottier…), et d’aborder de front des sujets que d’autres que lui auraient préféré éviter. On a donc la confirmation, grâce à ce film, que le Jack Daniel’s conserve puisque le musicien en boit une bouteille par jour depuis trente ans et qu’il en a eu soixante-cinq le 24 décembre ! Dans le même esprit, Lemmy continue de s’enfiler certaines substances qui réveilleraient un mort et le maintiennent conscient juste ce qu’il faut entre deux concerts. La vie privée de celui qui aurait couché avec près de mille cinq cent femmes (pas dans la même nuit, on rassure) n’est pas esquivée non plus : Lemmy folâtre dans ses souvenirs sabre au clair, rappelant qu’il a fait adopter son premier fils (né alors qu’il n’avait pas dix-huit ans), que l’amour de sa vie est morte d’overdose il y a un bail en emportant son côté romantique (à lui) avec elle, et qu’aujourd’hui, la fois joueur et prêteur, il lui arrive d’échanger des copines avec son second fils. Genre de paternel.

 

 

 

Bonne étoile

 

Enfin, dans ce film qui a un peu tourné en salles, et dont la sortie en DVD et Blu-ray réduit au rang de pets sur une toile cirée toutes les autres, pointe une improbable ribambelle d’intervenants. Ils ont tenu à se succéder devant l’objectif pour dire à quel point Lemmy, supplantant congénères et héritiers plus ou moins directs, incarnait le rock’n’roll dans ce qu’il a de plus pur. A ne louper sous aucun prétexte donc, les moments où Slash, Ozzy, Alice Cooper, Joan Jett, Jarvis Cocker (eh oui…) ou Dave Grohl (le plus virulent : « Que Keith Richards et Elvis aillent se faire enculer : Lemmy est le roi du rock’n’roll ») s’épanchent par l’écran. Du même calibre, les passages en studio avec les quatre de Metallica, relégués au rang de morveux de maternelle, ou pendant l’enregistrement de The Wörld Is Yours, vingtième album de Motörhead paru en décembre chez EMI, sont plus qu’édifiants concernant les qualités musicales et humaines du bassiste hurleur. Lemmy, un type en or ? C’est ce qu’Olliver et Orshoski sont parvenus à démontrer, sans efforts apparents (on sait qu’ils n’ont pas rigolé tous les jours, notamment au montage, puisque le moustachu avait le final cut et n’a pas manqué d’imposer ses choix, comme celui de conserver l’interview de Corey Parks, extra-musicale, dans son intégralité). Quant à la bonne étoile de Lemmy, ce n’est pas une légende non plus : lorsqu’on voit ce joueur invétéré, gagner à la machine à sous, ce n’est pas un trucage. Le beau diable au cul bordé de nouilles a bel et bien aligné trois sept devant la caméra. La classe on vous crie.

 

 

 

Possibilité de laisser un message de condoléances ici.

 

 

 

@copyright CTBK/Jérôme Soligny 12-2015 

 

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