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The Magic Numbers

autour de l’album “Alias”

8 questions à Romeo Stodart

The Magic Numbers

autour de l’album “Alias”

8 questions à Romeo Stodart

Au printemps 2014, j’ai eu un gros coup de cœur pour les Magic Numbers dont le quatrième album a tourné en boucle sur ma platine jusqu’à l’été. J’avais apprécié (et chroniqué pour Fnac.com) leurs deux premiers albums sur Heavenly, mais j’ai été davantage séduit par “Alias”, aux compositions gonflées et à la production racée. J’ai chroniqué ce disque dans le numéro 565 de Rock&Folk (à lire en ouverture de cet article) et ai sollicité Caroline pour mettre en boîte une interview de Romeo Stodart, leader, un peu malgré lui si j’ai bien tout saisi, de la formation anglaise. Sur Cruel To Be Kind, comme expliqué ailleurs, j’ai fait le choix de ne pas privilégier l’actualité puisque c’est ce qui se prime ailleurs. Je considère qu’on peu avoir envie de parler d’un bon disque longtemps après sa sortie (un peu plus d’un an dans le cas présent, “Alias” sonne encore neuf…), et également d’en discuter avec son ou ses créateurs. Il n’y a pas d’âge ni d’heure pour faire partager les passions. A noter que les photos de Romeo à Solidays en 2007 ont été prises par Marion Ruszniewski, collaboratrice régulière de Rock&Folk et bonne amie.

Enfin, et parce que chez les Soligny on fait tout, ou presque, en famille, c’est Thomas qui a traduit l’interview de Romeo, je l’en remercie au passage.

 

 

 “Alias” (2014)

(Caroline)

 

L’air de presque rien puisqu’ils sont d’un naturel plutôt discret, ça fait douze ans que les Magic Numbers exsudent une sorte de pop rock savoureux aux mélodies graciles et arrangements chargés de sens. Après trois albums sur Heavenly (distribués par feu EMI), les frères et sœurs (quatre membres, mais seulement deux noms de famille) se retrouvent chez Caroline, et “Alias” est un peu leur nouveau départ. D’emblée, ils mettent la barre très haut, les trois premiers titres de l’album s’avérant plus riches et imaginatifs que la totalité des chansons nouvelles parues outre-Manche cette année. Avec des guitares portées par la brise, des harmonies vocales qui (comme celles des Beach Boys) doivent beaucoup aux liens du sang et une production remuante assumée par le leader/magicien Romeo Stodart, “Wake Up”, “You K(n)ow” et “Out On The Streets” stimulent tellement de sens laissés en jachère qu’on doit se pincer pour y croire. “Shot In The Dark”, single annonciateur, sonne un peu comme si Fleetwood Mac avait autorisé Neil Young, période Cheval Fou, à jouer dans sa cour : le solo de la fin déchire, tout simplement. Hommage à cœur ouvert, “Roy Orbison” résonne, comme une cathédrale, de ces bonnes vibrations que Brian Wilson maîtrisaient dès le milieu des années 60. “Though I Wasn’t Ready”, limite bachar(ah)ien, et “E.N.D.”, disco-subtil comme aucun titre de Daft Punk, confirment que ces Anglais brinquebalés depuis l’enfance (Trinidad et New York avant Londres pour les Stodart) sont ouverts à toutes les belles suggestions que seule une inspiration sans limite est capable de souffler à l’oreille des bien entendants.

 

 

8 questions à Romeo Stodart

 

J : Trinidad, New York et maintenant l’Angleterre… Avoir beaucoup bougé, étant jeune, a-t-il beaucoup influencé votre musique ?

 

Romeo Stodart : Je pense que ç’a certainement eu un effet positif et m’a permis de m’ouvrir au reste du monde. En voyageant, en rencontrant de nouvelles personnes, j’ai gagné en maturité rapidement, car tout allait très vite autour de moi. J’ai appris à m’adapter rapidement à toutes sortes d’environnements et je me souviens que j’avais envie d’en savoir de plus en plus. La musique a toujours été une sorte d’obsession pour moi, donc le fait de déménager d’une ville minuscule pour atterrir à ce qui me paraissait être, à l’époque, le centre du monde, m’a procuré une immense émotion. J’étais plus que partant pour ça. Bien sûr, débarquer à New York a vraiment été une grande source d’inspiration. J’y ai acheté ma première guitare et c’est aussi là que j’ai assisté à mon tout premier concert. J’y suis tombé amoureux et j’avais vraiment l’impression que tout était possible à New York. C’est toujours le cas d’ailleurs (rires). La ville dégage une sorte d’énergie contagieuse. C’est aussi là que j’ai rencontré mon oncle Anthony pour la première fois, qui a joué un rôle déterminant dans ma carrière en m’encourageant à continuer la musique. Ce type a été une véritable inspiration pour moi. Il est arrivé de nulle part, a atterri aux Etats-Unis sans un rond et a finalement obtenu beaucoup de succès dans son domaine, en tant que fleuriste ! Il a géré le design autour de la sortie du “Sex Book” de Madonna, de tout l’arrangement floral de la cérémonie des Grammy Awards. Il m’a montré que tout était possible et m’a aidé à croire en moi.

 

J : Jouer dans un groupe qui est à la fois une affaire de famille, quels sont les bons et les mauvais aspects ?

 

Romeo Stodart : Je dirai que l’aspect le plus positif est la façon instinctive qu’on a de jouer ensemble. Je ne pourrais pas imaginer être dans un groupe sans ma sœur Michele, c’est comme ça. On a grandi en faisant de la musique ensemble, en créant ensemble et en se soutenant mutuellement tout au long de cette aventure complètement folle. Je lui fais confiance et elle me fait confiance. Il y a parfois des frictions entre nous car on peut avoir notre propre idée très définie sur la manière d’atteindre le même endroit. C’est d’ailleurs parfois hilarant de voir à quel point on peut être à la fois tout à fait identiques et à deux pôles opposés. Je pense que c’est la même chose pour les Gannons, ils ont besoin l’un de l’autre. Deux paires de frères et sœurs dans un groupe, ça peut être risqué mais Magic Numbers possède des qualités intrinsèques qui le rendent très spécial.

 

J : “Alias” est particulièrement consistant. Avez-vous le sentiment que c’est ce qui manque à la pop aujourd’hui ?

 

Romeo Stodart : Merci pour le compliment ! Je crois qu’il y a encore de la très bonne musique aujourd’hui, mais elle n’est malheureusement pas autant mise en valeur qu’elle le mériterait. Elle demande un effort à l’auditeur, oserais-je dire, de véritablement prendre le temps d’écouter. Or, dans une ère de consommation de masse, les gens n’ont plus l’envie de consacrer du temps à ce genre de choses…

Je crois toujours en la pop music, en termes de mélodie et tout ce qui fait une bonne chanson, et ce malgré la qualité de la production ou le style musical. Mais j’ai le sentiment que la majorité de ce qu’on entend de nos jours est préfabriqué et périssable, vide de sens et d’émotion. L’originalité me manque, les bizarreries, les éléments de surprise, même minces, tout ce qui rend notre musique spéciale et unique.

 

J : Il y a de nombreuses références à la musique des années 70 dans “Alias”. Est-ce ce son qui vous impressionne le plus, encore aujourd’hui ?

 

Romeo Stodart : Je crois bien. Ce n’était pas une décision consciente d’essayer d’imiter ou de recréer une époque en particulier, mais je sais ce qui vous fait dire cela. Pour être honnête, la majorité de ma collection de disques date des années 1960 ou 1970, même si j’ai aussi pas mal de choses des années 1950. J’espère toutefois qu’on ressent une urgence dans cet album, qu’il sonne moderne… Je n’ai vraiment pas envie de faire de la musique rétro. De toute façon, je crois qu’il est impossible de cacher totalement ses influences.

 

J : “Though I Wasn’t Ready” brille d’un éclat bacharien… La production et les arrangements revêtent une importance capitale pour vous. Quels sont vos façonneurs de chansons préférés ?

 

Romeo Stodart : Ça fait vraiment plaisir à entendre, car je le considère comme un des plus grands génies de la musique. Les arrangements sont si importants… Une chanson peut être interprétée de beaucoup de façons différentes… J’aime les arrangements de Bacharach et la manière dont il parvient à faire que tout sonne simple lorsqu’il y a beaucoup de mouvement et de choses complexes qui se passent en même temps. Son œuvre regorge de romantisme et de beauté. Je me rappelle avoir écrit une chanson, en me disant que c’était peut-être la meilleure chose que j’avais jamais faite. Et puis Angela lui a fait prendre vie de manière si belle et intemporelle que j’ai vraiment eu le sentiment qu’on tenait là quelque chose de spécial. Mes producteurs préférés sont Phil Spector, Jack Nitzsche, Joe Meek, Brian Wilson, George “Shadow” Morton, Manoel Barenbein, Eddie Barclay, Tom Dowd, Tom Wilson, Tony Visconti, Ken Scott, Joe Boyd, Arif Mardin, Sly Stone, Claude Dejacques, Todd Rundgren, Allen Toussaint, Willie Mitchell, Berry Gordy, Smokey Robinson, David Axelrod… Je pourrai continuer pendant des heures ! En plus, ce sont souvent les ingénieurs du son qui sont responsables des ambiances que je préfère sur les disques, et là, la liste serait interminable (rires).

 

J : “E.N.D” a une saveur disco sans plagier le genre. Que pensez-vous des groupes comme Daft Punk qui duplique un style vintage et vende des millions de disques ?

 

Romeo Stodart : Je dois faire partie des rares personnes qui n’ont pas du tout accroché à “Get Lucky”, ça ne m’a rien fait du tout. Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui copient un son pour se l’approprier et s’en foutent totalement, tant que ça leur permettra de vendre des tonnes de disques. “E.N.D” a, en quelque sorte, indiqué la voie qu’on voulait emprunter. Elle me fait un peu penser à “Teardrops” de Womack & Womack. On a essayé de l’emmener dans plusieurs directions, mais, au final, on a décidé d’enregistrer la batterie sans trop de réverbe et on a ajouté pas mal de percussions. L’essentiel était d’obtenir un groove solide. La ligne de basse de Michele est super. Je l’adore car elle fait danser et se transforme d’une manière totalement inattendue dans les refrains… Ça marche à tous les coups ! J’aime beaucoup aussi l’arrangement de cordes de Gita Langley. Elle a vraiment fait monter la chanson d’un cran en lui conférant ce côté disco. C’est quelque chose qu’on n’avait jamais fait auparavant.

 

J : L’album a-t-il un fil conducteur ou est-il d’une simple collection de chansons ?

 

Romeo Stodart : Je voulais que le titre suggère l’idée qu’il existe plusieurs versions différentes de nous-mêmes selon les différents moments de la journée. Ce n’est pas comme si nous n’étions pas fidèles à nous-mêmes, mais la personnalité de chacun comporte tellement de facettes… A la fin de l’enregistrement, j’ai compris qu’il y avait bien un thème récurrent et c’est celui de la chanson “Identity”, le fait d’accepter cet individu plein de défauts dans le miroir, cette personne qui prétend connaître le chemin à suivre et qui est en recherche constante de quelque chose… “Alias” est un album très personnel, mais j’espère que les gens peuvent s’identifier à lui. J’avais vraiment envie de dire quelque chose, d’appréhender ce vide auquel nous faisons tous face à certains moments de nos vies.

 

J : “Alias” est un disque plutôt élaboré, comment allez-vous parvenir à le jouer sur scène ?

Romeo Stodart : Sincèrement, les chansons fonctionnent même en les interprétant de la manière la plus simple possible. On s’en est assurés l’an passé, lors d’une tournée où on les a jouées en acoustique. Ce serait génial d’avoir plus de mains sur scène, et d’y transposer la qualité cinématographique du disque, les cordes, tout ça… Toutefois, je crois également qu’en concert, ce qu’on recherche avant tout, c’est l’énergie, l’impact, le cœur. Et ça, je sais que nous sommes capables de l’apporter sans fioritures, en privilégiant la qualité des chansons.*

 

@copyright CTBK/Jérôme Soligny 09-2015 

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