Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Cruel to be kind Réalisé par Collectif Intro - Agence de communication
Stuart Moxham
Autour de l’album
“A Known About Thing”
14 questions
Bonus Apparents

Stuart Moxham
Autour de l’album
“A Known About Thing”
14 questions
Bonus Apparents

A l’heure où Etienne Daho fait l’objet d’une nouvelle compilation, d’une bande dessinée et d’un documentaire, j’ai eu envie de mettre un coup de projecteur sur un musicien britannique dont le nom a été lié, de manière furtive mais significative, à la discographie du singer-songwriter breton. Furtive, parce que Stuart Moxham, membre fondateur du mythique et éphémère Young Marble Giants, et aussi créateur de “Love At First Sight”, enregistrée et publiée par The Gist, la formation qu’il a montée ensuite, a eu le bonheur qu’une de ses chansons touche le grand public grâce à Etienne. En effet, ce dernier l’a reprise en 1986 sur “Pop Satori”, et elle est bien connue en France sous le nom de son adaptation : “Paris Le Flore”. Significative enfin, car au fil des ans, “Paris Le Flore” est devenue une incontournable du répertoire d’Etienne Daho, qui continue de la jouer régulièrement sur scène et notamment lors de sa tournée la plus récente. La parution de “A Known About Thing”, un premier album de Stuart avec son nouveau partenaire, Derek Halliday, est le prétexte de l’interview, en forme d’état des lieux, à suivre.

Dans cet article, en Bonus Apparents, j’ai aussi joint ma chronique de “Random Rules”, deuxième album solo de Stuart Moxham, publiée en 1993 dans Rock&Folk, celle de “Cars In The Grass” (son troisième, que j’ai aussi dans ma discothèque), rédigée pour Cruel To Be Kind, tout comme celles de “Embrace The Herd”, premier album de The Gist, et donc, du récent “A Known About Thing”. Entre disques originaux, parfois légèrement différents sur le plan du visuel et du contenu selon les territoires, et rééditions plus récentes (également différentes d’un pays à l’autre), il n’est pas évident de traquer tous les enregistrements auxquels Stuart Moxham (il travaille parfois avec le musicien français, basé à Londres, Louis Philippe) est associé, mais sachez que le jeu en vaut la chandelle. J’espère que cette sélection dans laquelle je n’ai délibérément pas inclus “Colossal Youth” unique album de Young Marble Giants (je compte bien y revenir bientôt, ici ou ailleurs…), sensiblement plus connu que le reste de l’œuvre de Stuart, donnera aux lecteurs de CTBK l’envie de s’y (re)plonger.

 

 

 

14 questions à Stuart Moxham

 

J : Stuart, en 2015, vous êtes sur tous les fronts : vous vous produisez toujours avec Young Marble Giants, vous enregistrez avec Louis Philippe et venez de publier un premier CD avec Derek Halliday. Comment ce duo est-il né ?

 

Stuart Moxham : Sans oublier que je suis actuellement en train d’enregistrer le troisième album de The Gist et que j’ai aussi des choses en solo sur le feu (rires). Moxham & Halliday a vu le jour au début de l’année 2012 lorsque Derek, qui est luthier en plus d’être un guitariste particulièrement expressif, m’a demandé si j’étais intéressé par faire des chansons à partir de quelques titres qu’il avait écrits en open tuning de Ré (une autre manière d’accorder la guitare — NdA). Depuis le début de ma carrière, la plupart des collaborations, hormis peut-être celle avec mon frère Phil Moxham, ont fonctionné. Mais cette fois, ça m’a paru magique dès le début : un truc très positif, instantané. Depuis, Derek et moi n’avons pas arrêté d’écrire ensemble. A vrai dire, nous travaillons déjà sur un second album.

 

 

J : La quête de l’écriture de chanson pop parfaite est un peu l’histoire de votre carrière pour ne pas dire de votre vie. Avez-vous le sentiment d’avoir atteint votre but ou pensez-vous que vous mourrez en essayant d’y arriver ?

 

Stuart Moxham : Ah, merci ! La perfection n’existe pas et je ne dépense pas mon énergie à poursuivre cette chimère. Je tiens seulement à publier de nouvelles choses et j’essaie de m’améliorer en les faisant. Mais l’art du songwriting est en effet ma drogue : je suis accro à ces instants d’inspiration qui réclament toute mon attention, lorsque j’extrais quelque chose de cohérent de l’esquisse d’une idée. J’ai parfois le sentiment que le jour où j’aurai tiré le meilleur de moi-même, j’arrêterai, mais tant que ça n’est pas arrivé, le but de ma vie est d’y aller à fond. Evidemment, il est possible que je meure avant d’atteindre cet objectif (rires).

 

 

J : N’est-ce pas totalement anachronique de continuer à écrire des chansons à la guitare sèche, avec de jolies mélodies, dans un monde où la pop grand public est fabriquée par des machines, des pilleurs de riffs et des recycleurs de boucles jurassiques qui, curieusement, feignent d’être étonnés lorsqu’ils sont pris la main dans le sac ?

 

Stuart Moxham : Je continue à penser que les bonnes chansons sont ce qu’il y a de plus important, et cette instrumentation simple et classique, jouée par des êtres humains, est la meilleure façon de les présenter. Bien sûr, ça dépend du genre de musique qu’on fait. Les boîtes à rythmes et les ordinateurs ont un rôle à jouer mais ce que je propose en ce moment fonctionne mieux en acoustique. C’est quelque chose de personnel, d’assez privé, du registre de la confession. De la musique pour les gens qui sont seuls.

 

 

J : Travaillez-vous véritablement ensemble avec Derek ?

 

Stuart Moxham : Oui, absolument. Derek propose des idées à la guitare, puis j’écris des paroles et compose les mélodies. J’essaie de faire que ses parties fonctionnent les unes avec les autres. Ça me prend une petite demi-heure pour assembler une chanson à partir de ça. Ce que je trouve intéressant, en tant que songwriter, dans cette manière de faire rapide, c’est que je ne sais jamais de quoi je vais parler. Ça m’aide beaucoup d’éviter de trop réfléchir. Derek et moi faisons de la musique depuis des années et on en récolte enfin les fruits.

 

 

J : Vous avez joué au Pop In à Paris début 2015. Qu’avez-vous pensé de cet endroit ?

 

Stuart Moxham : Ç’a été une révélation. Le Pop In ne paie pas de mine, mais Denis, le proprio est un type adorable. On a adoré le caractère intime de la salle. Nos chansons demandent à être écoutées, elles ne sont pas faites pour qu’on parle dessus. Et parce que le public ne les connaissait pas encore, il nous a fallu faire preuve de beaucoup de cran, de confiance en nous. On n’est pas nés de la dernière pluie et relever un tel challenge ne nous effraie pas. C’est toujours excitant de se produire avec une nouvelle formation. Donner notre premier concert à l’étranger à Paris m’a rappelé que Young Marbles Giants avait joué aux Bains Douches en 1980 dans des circonstances assez similaires. Le public français est formidable car il est prédisposé à vivre des expériences diverses, à l’inverse des Anglais qui sont toujours sceptiques et ne sont pas tant que ça amoureux de culture. Au Royaume-Uni, la poésie et le théâtre sont jugés douteux par beaucoup de gens. Quelqu’un a dit un jour : “Les Anglais n’aiment pas la musique, ils trouvent seulement qu’elle sonne bien.” En plus, ils sont fiers d’être béotiens (rires) !

 

 

J : Comptez-vous tourner beaucoup, rejouer en France

 

Stuart Moxham : Absolument, j’ai établi une relation spéciale avec votre pays et j’adore m’y produire… c’est presque de l’amour ! Je devrais même y jouer avec The Gist, mais c’est un secret (rires)…

 

 

J : “A Known About Thing” est relativement court. Regrettez-vous l’époque où les albums duraient à peine une demi-heure ?

 

Stuart Moxham : J’imagine que oui… La plupart des CD étaient trop longs, simplement parce qu’ils pouvaient l’être. L’art, c’est d’abord celui de choisir, non ? Ma mère me dit toujours : “Laisse-les sur leur faim !”

 

 

 

J : Young Marble Giants a fait mieux que résister au temps. Quel effet cela fait-il d’être membre d’un groupe culte ?

 

Stuart Moxham : Je vais pouvoir mourir heureux ! L’amour que l’on reçoit de la part du public est assez ahurissant.

 

 

J : Grace à Etienne Daho, “Love At First Sight” a touché des milliers de gens. Estimez-vous que c’est la meilleure chose qui pouvait arriver à une de vos chansons ?

 

Stuart Moxham : Mmm, c’est une question délicate parce que mon ego aurait certainement préféré que ce soit ma version qui se vende à des millions d’exemplaires, mais mon compte en banque se moque bien de cette considération (rires). C’est très flatteur lorsqu’on reprend une de vos chansons et encore plus lorsqu’il s’agit d’une superstar comme Etienne Daho. Sa version a modifié ma vie et mon travail puisqu’avec ce que “Paris Le Flore” m’a rapporté, je me suis payé des séances de studio.

 

 

J : Etre en mesure de pouvoir régler les factures est de plus en plus difficile pour les musiciens. Avez-vous parfois songé à laisser tomber la musique, à faire un métier normal ?

 

Stuart Moxham : Ah, j’en meurs tous les jours… Surtout lorsque je conduis un client en taxi à Heathrow à trois heures du matin, pour la centième fois… Mais en vérité, je n’ai pas le choix. La musique m’a choisi. Je suis Verseau, du genre pas facile à étiqueter. Le fait d’avoir un boulot à temps partiel me permet de rester en phase avec la réalité et de mieux apprécier les moments que je peux consacrer à mes chansons.

 

 

J : “To Those Alone” sonne très Simon & Garfunkel. Qui sont vos artistes folk préférés ?

 

Stuart Moxham : Eh bien, justement, Simon & Garfunkel comptent parmi eux, et ça ne date pas d’hier. Derek et moi nous sommes également découvert une passion pour Ralph McTell, un soir d’hiver… Il y avait trop de brouillard pour qu’on se rende à un concert, on a écouté ses chansons toute la nuit. En vérité, le folk classique n’est pas trop ma tasse de thé. Avant le punk, ça me désespérait d’entendre que John Peel ne passait que du folk hardcore. J’apprécie Lindisfarne et quelques trucs de Sandy Denny.

 

 

J : Dominik Nicolas, membre fondateur d’Indochine, un groupe qui remplit aujourd’hui le Stade de France, m’a récemment confié que Young Marble Giants était une de ses influences majeures…

 

Stuart Moxham : Super ! On s’est tous construits à partir des choses qu’on aimait, c’est inévitable. Personnellement, je remercie les Kinks, les Beatles, Brian Eno, Bowie et Amen Corner de m’avoir aidé à arriver où j'en suis.je suis.

 

 

J : Si vous aviez la possibilité de recommencer votre carrière de zéro, que changeriez-vous ?

 

Stuart Moxham : Beaucoup de musiciens, de ma génération également, sont plus connus et mieux lotis financièrement que Young Marble Giants, mais il est trop tard pour changer quoi que ce soit… On ne prend les décisions qu’une fois et on espère tirer des enseignements de ces choix. Ça me procure énormément de plaisir de savoir que la musique a des qualités éternelles et qu’elle peut laisser son empreinte sur les époques. Pouvoir en faire est déjà une récompense en soi. En dégager un quelconque profit financier, c’est du bonus. Ce qui compte vraiment, c’est les gens que j’ai rencontrés et le plaisir que mes chansons leur ont procuré.

 

 

J : Vous êtes régulièrement cités parmi les songwriters les plus révérés de votre génération…

 

Stuart Moxham : …Ah, c’est très encourageant, mais vous savez, Ça n’exclut pas le doute. Comme la plupart des artistes, je lutte contre mes propres démons (rires).

 

 

Bonus Apparents

 

 

The Gist / “Embrace The Herd” (1983)

(Rough Trade)

 

 

Pas facile de savoir ce qui est passé par la tête de Stuart Moxham lorsque, au sortir de Young Marble Giants, il a opté pour enregistrer avec des instruments à manche et quelques machines à son de cette ère-là (l’ordinateur, Atari notamment, n’allait être utilisé communément en studio que quelques années plus tard…) les titres, sans queue ni tête pour la plupart, réunis sur “Embrace The Herd”, premier album de son projet The Gist. Certes, on pourrait tous les mettre, chansons esquissées et instrumentaux d’artifice, sur le compte d’une période de fumette intensive, l’addiction de Moxham, à l’époque, n’étant un secret pour personne. En vérité, on imagine qu’engoncé, quelque part, par YMG, Stuart a souhaité s’en extraire de tonitruante manière, de rompre les amarres. Même s’il n’est pas exactement seul à l’ouvrage ici (Wendy Smith intervient au chant, Dave Dearnaley à la guitare et Phil Moxham joue de la basse…), c’est bien sûr à lui qu’ “Embrace The Herd” doit son côté fête foraine (flagrant dans l’instrumental qui lui donne son titre) et parfois muzak (“Lambic Pentameter” n’a rien à envier aux ritournelles les plus commerciales de Jona Lewie). Pas étonnant non plus qu’en tant qu’amateur de reggae et de dub, et surtout de Talking Heads, de Brian Eno et de Syd Barrett, il ait profité de cette occasion pour, en quelque sorte, leur renvoyer l’ascenseur. Plein tant qu’à faire. Et puis, comme stipulé plus haut, “Love At First Sight”, avec ses deux accords mineurs tellement bien senti sur les quatre qui tournent en boucle du début à la fin de la chanson, nous a retournés comme des crêpes. Etienne Daho, moi et pas mal d’autres. Tout simplement, et on ne peut pas faire plus clair, on a eu le coup de foudre pour cette mélodie serpentine qui a accompagné nos premiers pas d'hommes, comme je n’ai donc pas pu m’empêcher de le rappeler dans “Je suis mort il y a vingt-cinq ans” où j’évoque, justement, le franchissement, d’aucun repos, de cet espace-temps.

 

 

“Random Rules” (1993)

(Peak Records)

 

 

L’acharnement des types qui s’occupent de lui à vouloir m’en faire parler inspire le respect. Au show-case des Rita, sur mon répondeur, par le biais de mon éditeur, dans ma boîte aux lettres, début novembre, ces mecs étaient partout. A croire que leur petit doigt (un copain du mien peut-être…) leur avait dit : “Soligny, je ne sais pas pourquoi, mais il a une tête à aimer Stuart Moxham. Dès qu’on le tient, on ne le lâche plus.” Bien vu, les gars. Bon flair. Rapprochez-vous un peu du feu, et je vais vous dire ce qu’il y a sur cette cassette magique que je traîne avec moi depuis plus d’une décennie. “Juke-box Chaos” peut-on lire sur la tranche de la bougresse qui abrite quelques-uns de “mes” musts intemporels et incontestés : “The First One” par Gary Valentine (Beat Records — 1978), “Last Bus Home” des Boyfriends (United Artists — 1978, François Gorin a mis deux ans à me le rendre celui-là…), ou “My Face”, le miracle d’Henri Badowski (IRS — 1980). Et puis aussi, cette chanson qui débute la face A : “Love At First Sight” de The Gist, alias Stuart Moxham & Co. “Love At First Sight”, une fausse ballade indie pop au-dessus du lot et de tout soupçon, un pur joyau anglais, insolent d’humilité, presque banal, mais si complexe à la fois. Un “In My Life”, un “See Emily Play”, un “This Charming Man”, une merveille. Plus de dix ans après ses débuts avec Young Marble Giants (et The Gist donc), Stuart existe en solo. Mais, ne cherchez pas de “Love At First Sight” sur “Random Rules”, il n’y en a pas. Toutefois, vous y trouverez treize titres de grande qualité, ceints de guitares et de rimes claires à peine effleurées par le trait d’un harmonica ou les plaintes contenues d’une pedal steel guitar. C’est là l’œuvre d’un orfèvre, comme on n’en fera probablement bientôt plus, l’absence de vulgarité étant considérée de nos jours (par les maisons de disques et l’essentiel du public) comme un handicap majeur. En écoutant cet album, un travail d’orfèvre qui s’ignore certainement, il convient de boire du thé, anglais, avec un nuage de lait. Qui sait ? Roddy Frame ou Nick Heyward s’inviteront peut-être à la table.

 

 

“Car In The Grass” (1995)

(Vinyl Japan)

 

 

Comme l’explique lui-même Stuart Moxham dans les notes de pochette de cet album sur lequel se distinguent également ses frères Phil (batterie, arrangements) et Andrew (arrangements), il est le fruit d’un enregistrement assez décousu. Ça ne s’entend pas et “Cars In The Grass” est régulièrement cité, par les amateurs de la musique de Stuart, comme un de ses plus homogène et cohérent en solo. Il y dispense une pop assez mélancolique, aux contours parfois flous et dont certaines zones semblent avoir été grisées, comme pour la rendre moins évidente. Si “The Tug Of Love”, particulièrement ambitieuse, repose un peu trop sur ses arpèges convenus, “Night By Night” surprend par son côté afro-pop. “Against Creating War”, sixties pour sourire, et surtout la chanson-titre, entre le Velvet Underground et China Crisis, sortent de ce lot très honorable. A noter la présence de deux instrumentaux dont “Drifting West”, titre final assez dispensable mais porté par une boîte à rythmes jurassiques qui ajoute un zest de charme à “Cars In The Grass”, toujours très agréable à écouter, vingt ans après sa parution.

 

 

Moxham & Halliday / “A Known About Thing” (2015)

(Habit)

 

 

L’essentiel de ce qu’il faut savoir sur ce recueil de dix chansons qui n’ont que la peau sur les os (une guitare sèche, quelques harmonies à deux, un soupçon de percussions…), est dans l’interview de Stuart Moxham qui précède. Il convient également de signaler que “Charlotte’s Note” a été écrite par Derek Halliday seul (les autres chansons sont toutes cosignées), et qu’elle permet de comprendre pourquoi Stuart a choisi de faire un bout de chemin avec lui. De “Small Wood” à sa reprise finale sifflotée, en passant par l’ultra délicate “Stars So Bright”, “Shadows R Us” qui marche sur trois temps, la défiante “To Those Alone”, la folky académique “Sunshine Girl” - digne du Donovan de l’âge d’or — et “Tick The Box” aux arpèges délicieusement surannés comme un pied de nez au modernisme galopant et annihileur de temps précieux, tout “A Know About Thing” est à consommer sans modération. Et sans risque d’overdose.

 

La photo de Moxham & Halliday au Pop In en 2015 a été prise par Marion Ruszniewski.

News et disques disponible via Habit Records, le label de Stuart Moxham.

 

@copyright CTBK/Jérôme Soligny 10-2015

 

 

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