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LOST GEM / ITV
LEO LYONS
(Ten Years After)
autour de l'album
“Positive Vibrations”

LOST GEM / ITV
LEO LYONS
(Ten Years After)
autour de l'album
“Positive Vibrations”

Régulièrement, en fonction de l’actualité ou de mes envies, j’écrirai quelques feuillets à propos d'un lost gem (un joyau oublié) de ma discothèque. Profitant de sa récente réédition chez Warner (qui a acquis le catalogue Chrysalis suite au démembrement d’EMI), j’inaugure cette série avec “Positive Vibrations”, l’avant dernier album studio publié en 1974 par la formation originale de Ten Years After (un disque avec Alvin Lee est paru en 1989, suivi de quelques concerts, mais est resté sans lendemain). Pour enrichir cet article, j’ai interviewé Leo Lyons, le bassiste du groupe.

 

 

La route de la liberté

 

 

Début 1974. Ten Years After est exsangue. La formation blues-rock menée par le guitariste originaire de Nottingham Alvin Lee depuis 1967 — épaulé par Leo Lyons (basse), Chick Churchill (claviers) et Ric Lee (batterie) — très populaire et notamment aux USA, est éreintée par des séries de concerts marathon. En vérité, elle ne tient plus qu’à une corde. De Mi aigu. Depuis quelque temps, Lee rêve d’autre chose. Au lendemain de la tournée de 1973 dont a été tiré le double “Recorded Live”, il décide de mettre en sommeil Ten Years After (il n’était alors pas question de split) pour se consacrer à sa carrière solo. Dans le studio qu’il a aménagé à Hook End Manor, la sublime demeure du XVIe siècle près de Reading, dont il a fait l’acquisition l’année précédente, il enregistre l’essentiel de “On The Road To Freedom” avec Mylon LeFevre, un chanteur de gospel originaire du Mississippi rencontré en tournée US, et la crème des rockers de l’époque qui habitent dans ses parages (Steve Winwood, Jim Capaldi, Ron Wood, Mick Fleetwood, Tim Hinckley). Paru sous le nom d’Alvin Lee & Mylon LeFevre, le disque sera bien accueilli par la critique, éminemment sympathique à l’égard de ces chansons folk-rock pour la plupart, signées Lee ou Lee-LeFevre (et admirablement produites par le guitariste), à l’exception du rustique “Let ’Em Say What They Will”, de Ron Wood, et de “So Sad (No Love Of His Own)”, une perle offerte par George Harrison. Enregistrée chez lui à Friar Park, il y joue de la slide guitar et elle sera extraite de l’album en single. A noter qu’Alvin Lee et Mylon LeFevre ne tourneront pas pour défendre ce disque, mais interpréteront une poignée de titres dans l’émission de télévision Midnight Special présentée par Wolfman Jack sur la chaîne NBC. Déstabilisés par cette parution (dont ils auraient appris l’existence en voyant le disque dans les bacs…), les autres membres de Ten Years After ne vont pas l’appréhender de la même manière : si Leo Lyons considère aujourd’hui que le groupe avait effectivement besoin de faire un break, Ric Lee, qui préside plus ou moins à ses affaires depuis une dizaine d’années, estime que cette surprise n’était pas bonne. Il aurait préféré, qu’à l’instar des Who, les musiciens de TYA se consacrent à des projets solo, mais sans pour autant arrêter de tourner régulièrement ensemble, histoire de ne pas fermer un robinet particulièrement lucratif. Sur le principe, c’est également ce qu’Alvin avait en tête. Désireux de poursuivre des projets de son côté qui, selon lui, ne pouvaient être que bénéfiques à Ten Years After, il allait donner, sous le nom Alvin Lee & Co., un concert solo au Rainbow en mars 1973.

 

Alvin Lee & Co.

 

 

Selon le rock critic Chris Welsh, rédacteur des notes de pochette de la réédition de 1998 du double-album live enregistré au Rainbow (remasterisé par Jon Astley), c’est Terry Doran, assistant de George Harrison au début des années 70, qui aurait suggéré à Alvin Lee de monter un supergroupe avec ses voisins, d’écrire une poignée de chansons et de les jouer sur scène avec eux. Et c’est ce que Lee fera. L’édition originale de “In Flight” propose vingt titres plus rock’n’roll que ceux figurant sur “On The Road To Freedom”, dont de nombreux originaux interprétés par des musiciens épatants parmi lesquels Alan Spenner à la basse et Neil Hubbard à la guitare (qui joueront ensuite avec Roxy Music) et les choristes de l’excellente formation de R&B-funk blanc Kokomo. Quant au saxophoniste Mel Collins (King Crimson, Alan Parsons Project – c’est également lui qu’on entend sur “Miss You” des Rolling Stones), il se distingue sur le tour de force instrumental “Freedom For The Stallion” (d’Allen Toussaint) qui brille d’un éclat cuivré sur la face B du premier LP de ce double. A noter que la réédition de 1998 propose deux titres supplémentaires dont “Put In A Box”, enregistré en 1977 avec quasiment la même équipe, preuve que Lee prévoyait de donner suite à “In Flight”. Dans les mêmes notes de pochette, Alvin Lee prétend que “In Flight” est le premier album qu’il a mixé aux Space Studios (à Hook End), mais il disait la même chose à propos de “On The Road To Freedom”… Une mise en garde à l’intention de ceux qui, suite à la lecture de cet article, se pencheront sur les discographies d’Alvin Lee et Ten Years After : “Alvin Lee And Company”, paru en 1972 sur Deram, est une compilation de faces A de single, prises alternatives et raretés enregistrées pour ce label. Loin d’être dénué d’intérêt (“Portable People” est un chef-d’œuvre méconnu de Lee), ce disque n’a donc rien à voir avec l’aventure & Co. évoquée dans ce paragraphe. Lors de sa réédition CD en 1989, “Alvin Lee And Company” a été augmenté de trois titres live. 

 

Rainbow

 

 

 

Le 20 avril 1974, moins d’un mois après s’y être produit avec sa company, Alvin Lee se retrouve à nouveau sur la scène du Rainbow en tant que leader de Ten Years After pour soutenir la sortie de “Positive Vibrations” qui paraît le même mois. Il se raconte alors que cette nouvelle tournée (européenne puis américaine) a été imposée par le management du quartet à cause d’engagements signés à l’avance (c’est probable, cette pratique ayant affecté la plupart des groupes qui jouaient énormément de chaque côté de l’Atlantique à l’époque, des Who à Deep Purple en passant par Led Zeppelin). Toutefois, Alvin Lee déclarait alors dans la presse qu’il était ravi de retrouver une formation dans laquelle il se sentait si bien pour déployer son jeu et ses solos, parfois à rallonge. Lors de ces concerts, quelques titres de “Positive Vibrations” seront joués, mais dès la section américaine, Alvin préférera les abandonner au profit d’une set-list classique ayant fait ses preuves.

Enregistré et mixé aux Space Studios, “Positive Vibrations” est loin d’être le mauvais album que la presse a décrit à sa sortie. Si certains morceaux rock, pourtant joués la fleur à la guitare (“Going Back To Birmingham”, “I Wanted To Boogie”, “You’re Driving Me Crazy”) n’apportent pas d’eau au moulin de TYA (surtout sur le plan des textes…), il n’en va pas de même de l’enjoué “It’s Getting Harder” aux claviers proéminents. La chanson-titre et “Without You”, certes un peu light, sont des ballades sensibles comme Alvin Lee en composera toute sa vie, et “Stone Me”, “Look Into My Life” ou “Look Me Straight Into The Eyes”, dans le genre boogie-blues, fonctionnent aussi bien que les meilleurs titres de “Watt” ou “Cricklewood Green” (ce dernier a été réédité en vinyle au cours de l’été 2014 par Warner). Sur le plan de la production, Alvin Lee mettra un point d’honneur à faire sonner l’album de manière originale et compte tenu du peu de rerecordings et des moyens alors à sa disposition, il y parviendra, accordant notamment davantage d’espace à Chick Churchill. Dans les notes de pochette de la réédition 2014 de “Positive Vibrations”, Leo Lyons n’oublie pas de mentionner que si l’album a été enregistré en catastrophe, c’est aussi parce que le groupe avait déjà reçu une avance substantielle de son label. Bien que créé en temps de crise, l’album est tout à fait honorable.

 

 

 

Boucler la boucle 

 

 

A son retour des Etats-Unis, Ten Years After sera mis sur pause par Alvin Lee qui se produira fin 1974 et au début de l’année suivante avec la formation de “In Flight”. La première date aura à Paris le 17 novembre et la dernière, le 29 mars suivant, à Folkestone. Finalement, en juillet 1975, Ten Years After repart aux USA pour une tournée d’adieu. Les survivants ont beau soutenir que le groupe avait la faculté de laisser ses problèmes en haut des marches qui mènent aux planches, l’ambiance allait se détériorer à vitesse grand V, notamment après que Alvin Lee a exigé du management d’être davantage payé que les trois autres. Le 1er septembre de cette année-là, Ten Years After donne son ultime concert à Moncton au Canada. Toutefois, ultime ne veut pas toujours dire dernier et on espère que l’actualité, une réédition de “About Time” par exemple, pourra être l’occasion de se pencher à nouveau sur le sujet.

Suite à la séparation du groupe, Alvin Lee a poursuivi sa carrière solo et les autres Ten Years After ne sont pas restés inactifs. Ric Lee a fondé Nexus (avec un second batteur !) et Leo Lyons s’est consacré à la production. Chick Churchill n’a jamais donné suite à “You And Me”, son album de 1973, mais a travaillé, un temps, chez Chrysalis, le label des dernières années de TYA.

Au cours de la décennie qui a précédé sa disparition en mars 2013 (une opération médicale bénigne qui a mal tourné), Alvin Lee a publié quelques albums de qualité parmi lesquels “In Tennessee” en 2004 (enregistré avec Scotty Moore, un des guitar heroes de son enfance), et “Saguitar” en 2007. Paru en 2012, “Still On The Road to Freedom” dans les notes de pochette duquel Alvin Lee explique sa démarche (“C’est un concept, la route de la liberté, des années 50 à aujourd’hui…”), est loin d’être mauvais même si, c’était donc voulu, il part un peu dans tous les styles. Curieusement, sans être véritablement une reprise, la chanson-titre rappelle fortement “On The Road To Freedom” de 1973, comme si Alvin voulait lui-même boucler la boucle. Enfin, “The Last Show” est le live officiel de son dernier concert donné, le 28 mai 2012, au festival Ribs & Blues à Raalte en Hollande. Certaines interprétations de classiques ne sont pas extraordinaires, mais, de par sa nature, ce CD reste émouvant d’autant que les notes de pochette ont été rédigées par Evi, sa compagne, et ses derniers musiciens.

 

 

9 questions à Leo Lyons

 

 

J : A l’heure d’enregistrer “Positive Vibrations”, Ten Years After était au bout du rouleau…

 

Leo Lyons : On en avait surtout assez de tous les drames inhérents au fait de jouer si longtemps dans le même groupe. On avait l’impression d’être mariés avec trois autres personnes, ce n’était pas une relation facile à maintenir. Alvin en avait assez d’être sur la route et avait insisté pour avoir du temps à lui et se construire un studio. Après tout, il pouvait se le permettre. Personnellement, je me sentais de plus en plus frustré sur le plan créatif. Je n’avais pas le sentiment que le groupe évoluait dans le bon sens. J’avais l’impression qu’on gâchait pas mal d’opportunités alors qu’on s’était battus pour qu’elles se présentent.

 

 

J : Alvin a souvent dit que les albums studio de Ten Years After ne reflétaient pas ce que le groupe était sur scène. Etes-vous d’accord avec ça ?

 

Leo Lyons : Oui, tout à fait. Ten Years After ne s’est pas aussi bien adapté aux studios d’enregistrement que ses contemporains. Cela dit, en réécoutant certains de nos disques, je constate qu’il y a eu des moments magiques. Si seulement on avait été capables de les faire durer et de construire quelque chose à partir de là.

 

 

J : Certaines chansons de “Positive Vibrations” ne sont certainement pas les meilleures d’Alvin, mais plus de la moitié sonnent bien et le groupe est excellent. Comme si Ric, Chick et vous-mêmes aviez décidé de vous surpasser, sachant que votre leader avait l’esprit ailleurs.

 

 

Leo Lyons : Alvin avait pris la décision de produire “Positive Vibrations” seul. Jusque-là, c’est quelque chose qu’on partageait. Le plus dingue, c’est que même s’il ne voulait d’aucune aide extérieure, il me demandait pourquoi je ne lui apportais pas de riffs comme celui de “Love Like A Man”. C’était un truc de fou. Les autres membres du groupe m’ont conseillé de ne rien dire pour ne pas faire davantage de vagues. “Pense que tu te fais de l’argent” m’ont-ils dit. J’ai donc pris le parti de jouer le mieux possible sur l’album, mais de ne pas traîner en studio. J’ai fait ce que j'avais à faire et laissé les autres s’occuper du reste. Entre les séances pour “Positive Vibrations”, j’ai produit “Phenomenon” l’album de UFO, aux Morgan Studios à Londres.

 

 

J : Rétrospectivement, diriez-vous que la carrière solo d’Alvin a tué le groupe ?

 

Leo Lyons : Pas vraiment. Elle n’a jamais pris la tournure qu’elle aurait dû prendre. C’est davantage la mésentente qui a mené à la séparation de Ten Years After. Alvin et moi faisions de la musique ensemble depuis 1960. On a vécu énormément de choses, mais les gens évoluent, tout comme leurs attentes. Je me demande ce que la plupart des gens ont encore en commun avec leurs vieux amis d’enfance après plusieurs années.

 

J : Sur des morceaux comme “It’s Getting Harder”, on entend des parties de synthé jouées par Chick et une section rythmique plutôt funky. Aviez-vous envie d’explorer de nouveaux territoires sonores, alors qu’Alvin, apparemment plus conservateur, préférait s’en tenir à une formule plus blues ?

 

Leo Lyons : Quoi que dise le titre de l’album, les vibrations n’étaient pas très positives durant son enregistrement. Il n’y avait pas d’alchimie. On a essayé de faire fonctionner les chansons en studio de toutes les façons possibles, mais le disque n’avait pas de direction. Je ne pense pas qu’Alvin, en tant que producteur, savait où il voulait aller.

 

J : Après le split initial, Ten Years After s’est reformé à plusieurs occasions : parfois pour l’argent, parfois pour le plaisir. Regrettez-vous qu’après “About Time”, publié en 1989, le groupe ne soit pas resté ensemble pour vivre une autre phase artistique de sa carrière ?

 

Leo Lyons : En ce qui me concerne, ma passion a toujours été la musique. Je regrette que les autres membres de Ten Years After n’aient pas toujours pensé comme moi.

 

J : A la fin des années 90, les premières rumeurs d’un coffret rétrospectif de l’ensemble de la discographie de Ten Years After sont apparues. Pensez-vous qu’il paraîtra un jour ?

 

Leo Lyons : Pour connaître la réponse à cette question, il va falloir la poser à la maison de disques.

 

J : Il y a quelques mois, Ric et Chick ont décidé de continuer l’aventure Ten Years After, mais sans Joe Gooch qui en était le guitariste depuis quelques années, et surtout sans vous ! Comment avez-vous pu en arriver là ?

 

 

Leo Lyons : Je n’ai pas eu d’alternative que de quitter un environnement devenu trop négatif et étouffant. Je considère que Ten Years After, le groupe qu’Alvin et moi avons monté au début des années 60, n’existe plus. C’est devenu une dictature dirigée par le batteur Ric Lee.

 

 

J : Comment se passent les choses pour votre nouveau groupe ? Et comment avez-vous rencontré Damon Sawyer votre nouveau batteur ? Avez-vous prévu de vous arrêter un jour ?

 

Leo Lyons : Hundred Seventy Split marche du feu de dieu. Notre premier album se vend beaucoup mieux que nous l’espérions, ça fait vraiment plaisir. Damon nous a été recommandé et on s’entend parfaitement sur le plan musical et du caractère. Quant à quitter la scène… Je tournerai tant que des gens continueront à venir me voir jouer. *

 

Depuis cette interview, Hundred Seventy Split a publié un album live et un second disque studio.

 

Le site Web de Leo Lyons : leolyons.org

Celui de Hundred Seven Split : hundredseventysplit.com

Le site d’Alvin Lee : alvinlee.com

 

 

Chapitre Alvin Lee et Ten Years After à lire dans #WOTE25ansdécritsrock.

J'ai chroniqué “Cricklewood Green” de Ten Years After dans le livre “100 Vinyls Incontournables” (Fnac/2014).

 

 

@copyright CTBK/Jérôme Soligny 11-2014

 

 

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